Colony
6.2
Colony

Film de Yeon Sang-Ho (2026)

Dix ans après avoir redonné de l’élan au film de zombie avec Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho revient sur la Croisette avec Colony, un film d’infectés généreux et bourrin qui assume pleinement ses ambitions de divertissement, parfois trop, au détriment de l’émotion et de l’efficacité.


Il y a quelque chose de presque symbolique à voir Yeon Sang-ho revenir à Cannes avec un nouveau film de zombie, après l’onde de choc du Dernier train pour Busan. Ayant une appétence naturelle pour l’apocalypse et la science-fiction, il était assez logique de le voir renouer avec ce genre qu’il a contribué à redéfinir en Asie. Mais entre le prolongement de son cinéma et le signe d’épuisement d’un genre largement codifié et exploré sous presque toutes ses coutures, la question se pose honnêtement. Et la réponse penche plutôt vers la seconde option, sans pour autant enterrer le film.


Retour à l’essaim


Le pitch est simple et sans détour : un attentat bactériologique dans un immeuble au cœur de Séoul, des survivants piégés, des infectés qui mutent à vue d’œil. Du [Rec] croisé avec Piège de cristal, avec une pincée de jeu vidéo dans son ADN. Car la vraie trouvaille de Colony réside dans la biologie de ses créatures visqueuses, organisées comme une ruche. Elles s’adaptent rapidement à leurs proies, ce qui oblige les protagonistes à constamment ruser et à se réinventer. Un mécanisme ludique, qui donne au film une dimension presque de survival game. La première partie, avec sa gestion de foule spectaculaire, tient d’ailleurs ses promesses. On pense à Vermines dans ce déferlement organique sur les protagonistes, même s’il y a ici moins d’enjeux sociaux. Colony assume le fait d’être un film bourrin, et c’est très bien ainsi.


Sauf que la mécanique s’enraye assez vite. Cette partie de cache-cache au cœur de l’immeuble tourne en rond, faute d’ingéniosité suffisante pour renouveler les stratagèmes face à la colonie. Les protagonistes peinent à surprendre autant qu’ils devraient, et le spectateur, lui, a souvent beaucoup de coups d’avance sur le récit. On attendait davantage de cette idée pourtant fertile, des infectés qui apprennent, qui communiquent, qui ne laissent pas passer deux fois la même erreur, mais le scénario rectiligne ne l’exploite pas assez pour faire oublier ses limites dans la durée.


Là où Dernier train pour Busan nous avait éclaboussés de sang et de larmes jusqu’au terminus, Colony peine à générer le même capital empathique. On y suit pourtant une professeure en biotechnologie, dont le rôle d’explicatrice face à une menace complexe est pratique, mais parfois trop appuyé. Une relation frère-sœur aurait pu porter l’émotion du film, le frère étant l’un des personnages les plus humains et touchants de l’ensemble, mais elle reste trop peu développée. Même chose pour cette rivalité entre lycéens qui se harcèlent, avec un vrai potentiel dramatique un peu gâché par un manque d’incarnation (au lieu de « iconisation »). On sait pourtant le réalisateur capable de créer une tension à partir d’une étincelle comme dans The Ugly, son autre film de 2026, mais il lui manque ici un peu d’assurance pour son retour dans l’horreur. La petite pique au gouvernement lâche et en état de déni, elle, est toujours au rendez-vous. Certaines habitudes ont du bon.


Heureusement, le climax rattrape une partie du chemin perdu. Lorsque la colonie menace de se propager dans tout Séoul, le film se rebelle enfin avec beaucoup de folie et on pense à ce qu’aurait pu être le premier jour de propagation à Raccoon City dans Resident Evil, quelque chose de jouissif, débridé et suffisamment spectaculaire pour qu’on oublie une certaine retenue dans l’immeuble. Quant au méchant, aux mimiques outrancières, presque cartoonesques, il contribue à rendre l’ensemble digeste et amusant. Colony ne brille donc pas par son scénario, mais il se savoure avec un plaisir régressif sincère. Et dans un festival gavé de films, au rythme modérément prudent, un peu de chair et de courses effrénées ne fait vraiment pas de mal.


En somme, Colony ne réinvente pas le genre et pâtit d’un ventre mou non négligeable. C’est une proposition imparfaite, honnête dans ses ambitions, et qui surclasse Peninsula et Jung_E sans jamais retrouver la déflagration du Dernier train pour Busan. On reste un peu sur notre faim.


Retrouvez également nos autres critiques du Festival de Cannes 2026.

Cinememories
6
Écrit par

Créée

le 25 mai 2026

Critique lue 581 fois

Cinememories

Écrit par

Critique lue 581 fois

9

D'autres avis sur Colony

Colony

Colony

8

Behind_the_Mask

1495 critiques

It's easy to die hard with zombies

Il y a des réalisateurs qui semblent comme prisonniers de certaines de leurs œuvres.Yeon Sang-ho est de ceux-là.Car l'on ne cesse de le renvoyer à son formidable Dernier Train pour Busan, soit disant...

le 1 juin 2026

Colony

Colony

5

Bastian_Meiresonne

67 critiques

ILL-COMMUNICATION

Pile dix ans après la découverte du Dernier Train pour Busan, déboule Colony, la nouvelle entrée dans la « franchise officieuse des zombis » de Yeon Sang-ho, diffusée en séance de minuit vendredi 15...

le 23 mai 2026

Colony

Colony

7

HITMAN

1161 critiques

C'est comme ça qu'ils évoluent ?

Après Seoul Station, Dernier train pour Busan & Peninsula, voici Colony présenté hors compétition en séance de minuit au 79e Festival de Cannes de 2026, le quatrième opus d'épidémie zombie ou...

le 7 juin 2026

Du même critique

Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère)

Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère)

8

Cinememories

1651 critiques

Ce qu’on donne, ce qu’on reçoit, ce qu’on transmet

"L’argent et l’amour font certainement partie des piliers fondamentaux dans les relations familiales thaïlandaises. Pat Boonnitipat prend un malin plaisir à disserter sur sa culture dans son premier...

le 14 avr. 2025

Buzz l'Éclair

Buzz l'Éclair

3

Cinememories

1651 critiques

Vers l’ennui et pas plus loin

Un ranger de l’espace montre le bout de ses ailes et ce n’est pourtant pas un jouet. Ce sera d’ailleurs le premier message en ouverture, comme pour éviter toute confusion chez le spectateur,...

le 19 juin 2022

Ouistreham

Ouistreham

6

Cinememories

1651 critiques

Nomadland à quai

Il était très surprenant de découvrir Emmanuel Carrère à l’affiche d’un nouveau long et à l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, sachant la division du public sur « La Moustache » et malgré...

le 18 janv. 2022