Dans Dernier Train pour Busan, on suivait un petit groupe de passagers poursuivis par des zombies dans un train en route pour Busan. Les passagers avançaient de voiture en voiture en même temps que le train. Ils en descendaient parfois et étaient même obligés d'en changer à la fin. Dans Colony, on suit à nouveau un groupe de personnes poursuivi par des zombies, mais dans une tour de trente étages et on y restera pendant tout le film. Poursuivis et poursuivants sont donc condamnés à tourner en rond, à monter et descendre les étages par les escaliers ou l'ascenseur, dans des décors assez similaires. Deux heures dans une tour, c'est trop long. Dans La Tour Infernale, on a le plaisir des interprétations, chaque star fait son numéro. On a le temps de s'attacher aux personnages. Rien de tel dans Colony. Aucun personnage du groupe n'est intéressant, on ne s'attache à personne. De toute façon, les membres sont zigouillés un à un, avec la régularité d'un métronome. Et ce sont les moins sympathiques qui partent les derniers. Le personnage principal, une belle jeune femme inexpressive et froide, n'est pas attachant du tout. Dans Dernier Train pour Busan, j'avais pesté contre les personnages stéréotypés, mais c'était quand même mieux que des personnages sans vie. Il y a une scène au début où ils se mêlent à des mannequins dans un magasin pour échapper aux zombies. Eh bien, c'est exactement ce que j'ai ressenti pour eux, la même indifférence que pour des mannequins.
Le film se borne donc à des bastons entre des humains et des zombies dans des bureaux, des couloirs, un centre commercial. De temps en temps, on prend le temps de partager les réflexions à voix haute de la belle scientifique. Chaque étape de l'évolution des zombies est ainsi commentée pour permettre à tous les spectateurs de suivre l'histoire. C'est une bien gentille attention, mais ça ne fait pas très naturel. Je ne pense pas qu'on ait le temps de développer un raisonnement aussi calmement quand on risque de se faire bouffer à tout moment par des monstres sanguinaires.
Les zombies sont la grande attraction et la grande réussite du film. Ils sont encore plus répugnants que ceux du Dernier Train pour Busan, car ils sécrètent un mucus qu'ils laissent partout derrière eux. Mais la bonne idée du film, c'est qu'ils ont une évolution. Les premiers contaminés se déplacent à quatre pattes - ce qui ne les empêche pas d'être très rapides. Ensuite, ils se redressent et deviennent bipèdes. Ils apprennent à différencier un être humain d'une image ou d'un mannequin. Et cette évolution se fait par synchronisation entre tous les zombies. Les moments de "mise à jour", qui voient tous les zombies se redresser brusquement et s'immobiliser en même temps, sont particulièrement réussis et impressionnants.
L'idée que tout le monde pourrait se synchroniser ainsi par la pensée et pourrait être dirigé par un chef est effrayante, mais avait-elle besoin d'un film de deux heures de bastons répétitives ?