Le méchant est méga-classe (un beau gosse aux agissements immoraux, dont on rêve de refaire le portrait en plus abstrait, à la Picasso), on pourrait arrêter cette critique ici, mais le mucus blanc nous dit de continuer, alors on obéit à la Colonie... Après le magnifique Dernier Train pour Busan (dont on ne s'est jamais remis de la fin, ni des deux mamies, ni du Papounet pataud, ni... Bref, un très très grand film), après le catastrophique Peninsula (ni fait ni à faire), Yeon Sang-Ho se ré-injecte le virus du zombie énervé avec un Colony aussi intrigant que craint (on a fait l'ascenseur émotionnel entre l'excellence et la nullité, alors : à quel étage va nous débarquer ce film ?). "Ding-ding..." Vous êtes actuellement à l'étage du "Oui c'est très con, mais c'est bon". Oh, allez, on descend, juste pour le fun. C'est après un début de Festival de Cannes passé à s'endormir devant les films intellectuels de 2h30 qu'on s'est jeté comme un affamé sur la Séance de Minuit prêt à bouffer des zombies qui courent partout, et gnaquent toutes les jugulaires qui traînent... Nous aussi on avait les crocs, et c'est dans une ambiance enthousiaste qu'ont été accueillis les premiers vomitos des infectés, c'est avec un "Gasp !!!" aspiré (auquel on a allègrement participé) que le "bruit de la canette de Coca" nous a fait comprendre qu'à plus de 2h du mat', pas un gus de la salle à 2000 places ne pionce. C'est assez réconfortant de sentir qu'un film de zombies, aussi débile soit-il (et débile, Colony l'est, mais il l'assume à 1000%), peut trouver sa place dans la grille d'un grand Festival, et divertir autant. Pour le deuxième visionnage, on y a traîné le pépé de 86 ans ("Ah non, pas Histoires Parallèles, c'est pour les vieux, je veux un film qui bouge !", OK pépé, on a), il s'y est marré comme une baleine. Alors oui, Colony n'est pas comparable au premier film Dernier Train pour Busan, un milliard de fois plus chiadé sur son scénario et l'attachement dramatique à ses personnages, ici on attend juste qu'ils se fassent croquer bêtement. Sauf l'handicapée, on pense parler au nom de tous, en disant que sa scène a attristé toute l'assemblée (petite larme). Ces andouilles ne sont même pas fichus de penser qu'une TV qui les met en danger en diffusant un visage (qui attire les zombies) a une prise électrique (et tirer dessus est mille fois plus simple que de faire un aller-retour au milieu des bestioles... Bref, des Prix Nobel). Niveau scénario, c'est très "cheesy" (généreux au point de dégouliner de partout) : le fait que les zombies communiquent est un véritable challenge (nos héros ne peuvent les tromper qu'une fois par ruse, ensuite il faut changer de méthode, car ils ont compris et informé les autres du stratagème... Ce point d'évolution rapide oblige à réfléchir et trouver d'autres astuces), sauf qu'on nous pond assez facilement que les infos circulent plus vite via le mucus blanc qui couvre tous les murs. Et là, on se demande ce que c'est, comment les gens l'ont produit, comment ils l'ont étalé jusqu'au plafond, comment ils peuvent communiquer
encore plus vite à la fin alors qu'il n'y a plus de mucus (le "bug" est une facilité narrative assez grossière), ou pourquoi cela gêne la perception des proies si elles en ont un peu sur leur veste, alors que c'est censé être un vecteur de synapse (en gros : ils doivent bien voir, que la personne qui a la veste maculée n'émet rien, comme infos ?
Ça n'a aucun sens...). On ne cherchera pas plus la logique dans le fait que le méchant
n'arrive pas à contrôler ses monstres après le bug (cela "reboot" leurs fonctions, mais le lien entre le Maître et les toutous n'est pas une évolution, cela arrive quand il se fait mordre, donc ce n'est pas un "apprentissage" de plus, donc ce n'est pas censé être effacé par le "reboot"...
On réfléchit trop pour ce scénario juste content d'en mettre partout, et courir en agitant les bras). Dans ce marasme bruyant et sur-dynamique de zombies ultra-énervés (c'est un compliment), Kyo Hwan-Koo fait un méchant ultra identifiable, qui passe au travers de ses monstres avec les mains dans les poches de son falzar, l'air blasé, en faisant un méchant aussi détestable que charismatique. Avec tous les coups-bas qu'il fait (la scène du flic est assez maline), on rêve que l'héroïne lui fasse la fête à la fin, et l'on peut dire que le sort qu'elle lui réserve n'est pas à la hauteur que ce qu'on imaginait, mais reste cohérent. En revanche, on sort de Colony en se demandant pourquoi les autorités ne mentionnent jamais cet épisode dans Dernier Train pour Busan (comme il est censé en être le prequel), et pourquoi les zombies ne se transmettent pas les infos dans les autres opus qui suivent sa chronologie... Peut-être ne fait-il pas partie du même univers, et la promo du film l'a trop vite rattaché à la saga-mère. Bref, si vous ne cherchez pas forcément l'excellence du premier opus, et que vous voulez juste courir et jouer avec les boutons de l'ascenseur dans un immeuble rempli de zombies teigneux (et leur Maître blasé), venez dans cette chouette Concon-lony de vacances, on s'y marre bien.