J'ai abordé Colony sur la base de sa bande-annonce, son affiche suggérant du 'body horror' original, et le pedigree de son réalisateur. On était un petit groupe de cinq, parmi lequel j'étais le seul à avoir des attentes, mais on en est tous sortis déçus. C'est un film correct dans son exécution formelle, avec des effets spéciaux convaincants et des acteurs qui font probablement ce qu'on leur a demandé, et rien dans sa mise en scène ne m'a spécialement plu ou dérangé.
En revanche, le film échoue fondamentalement à plusieurs niveaux :
■ Aucune promesse n'est tenue
Le film propose un twist original sur la formule éculée du zombie, et tiendra partiellement cette promesse. On voit effectivement les zombies agir avec un esprit de ruche et évoluer ponctuellement. Ils rampent, puis se mettent à marcher. Ils attaquaient des écrans de télé et des mannequins, puis apprennent à identifier leurs proies.
Sauf que ça ne sert pas à grand-chose, et ça ne va pas beaucoup plus loin. On se retrouve avec un grand méchant de cartoon qui leur donne des ordres, et toutes les idées que lance le film se terminent en pétards mouillés :
• Les zombies désartuculés qui rampent en faisant du breakdance et se jettent sur leurs victimes en ragdoll ? Disparu après leur première évolution.
• Des zombies qui se combinent pour créer des enchevêtrements de corps ? C'est ce que promet l'affiche, mais on ne le verra qu'une fois dans le film, vaguement. Ça aurait pu être LE truc unique et dérangeant de la proposition, mais le film n'en fait remarquablement rien.
• Tout ce mucus dégueulasse qui finit par décorer les murs comme dans une ruche d'Aliens ? Décoratif.
■ Aucun personnage n'est attachant
Dès le début du film, on nous présente l'héroïne comme étant peu sympathique et socialement inapte. On pourrait s'attendre à la voir évoluer en cours d'aventure, mais elle ne bougera pas d'un millimètre, et reste froidement nulle du début à la fin. Le reste du groupe va de l'oubliable qu'on ne remarque même pas mourir, au risible (le méchant super méchant qui se craque la nuque et marche en slow motion), en passant par le médiocre (persos aux motivations discutables qui font des trucs totalement cons pour garder le script sous assistance respiratoire).
Leur point commun à tous est qu'ils ne sont jamais attachants et qu'on se contrefout de les voir mourir ou lutter pour leur survie. Aucune mort ne m'a secoué, et j'ai suivi leurs mésaventures avec un ennui diffus, sans jamais me sentir concerné.
■ Aucune émotion n'est suscitée
L'absence d'émotions suscitées par les personnages s'étend au reste du film dont les péripéties ne m'ont pas touché. C'est correctement rythmé, quoique très prévisible, mais le film brasse de l'air sans rien proposer qu'on a déjà vu 48 fois dans d'autres films du genre, et ce n'est pas le vague verni de ruche qui arrange les choses.
J'ai quand même apprécié quelques scènes, quand il y avait une trouvaille visuelle, ou une cascade bien foutue, mais mon rythme cardiaque est resté si plat que ma montre connectée était convaincue que j'étais déjà en sommeil profond.
o o o
Enfin, c'est probablement le film de zombie le moins violent que j'ai vu de ma vie. Sans aller jusqu'à le traiter de film familial, je suis étonné d'avoir vu aussi peu de violence à l'écran dans un film avec un tel sujet, car en dehors des zombies couverts de sang et de mucus, vous ne verrez quasiment aucune blessure, aucune mutilation, pas de plaie, de membres coupés ou arrachés, des impacts de balles et de couteau dont ne s'échappe pas une goutte d'hémoglobine, et jamais rien de choquant ou de dérangeant.
Parce qu'à défaut d'être bon, il aurait au moins pu être un divertissement sanglant bas du front, mais on en est très loin. Les zombies sont sales, mais toujours intacts. On les voit mordre des gorges, mais sans faire couler le sang ou arracher la moindre fibre charnue. Les balles font apparaitre des petits trous rouges et les coups de couteau font des bruits moites que rien ne soutien visuellement.
Et comme le body horror est aux abonnés absents, ne vous attendez pas non plus à des transformations ou des dégradations corporelles. Nos zombies restent bien frais, bien chiants, et scandaleusement propres, à l'exception des litres de morves qu'ils sécrètent. Bilan : un film d'horreur qui ne fait pas peur et ne met jamais mal à l'aise.