Des zombies à la pensée unique, qui apprennent au fur et à mesure à toute la meute comment venir à bout des ennemis, c'est-à-dire bien sûr : tous les autres. Non, ce n'est pas un meeting d'Eric Zemmour, mais le nouveau film de Yeon Sang-Ho, réalisateur du désormais célèbre Dernier train pour Busan. Mais notre amateur de viande avariée semble avoir d'autres cordes à son arc, comme un biopic sur Ugly (The Ugly) ou des films d'animation, c'est de là qu'il vient à l'origine. Il nous livrait surtout un très intéressant dessin animé bien noir sur le harcèlement scolaire mais pas que, The king of pigs, qui par certains aspects semble annoncer Belle de Mamoru Hosoda, sauf que le dessin animé de Yeon Sang-Ho est bien mieux réussi.
Colony, contrairement à Peninsula, ne semble pas se passer dans l'univers du Dernier train pour Busan, c'est juste un autre film de zombies qui se passe en Corée. Il postule qu'un bioterroriste projette d'injecter un produit qui transformera les gens en zombies mais avec un esprit collectif, comme les fourmis. Le début du film nous le montre appellant la police pour lui dire où et quand il compte procéder. On se dit que le mec est sans doute un peu con, mais en fait il a un plan machiavélique façon Breaking news.
En fait, le scénario est plutôt malin, contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord.
Malheureusement, Yeon Sang-Ho semble rater l'essentiel.
Il semblerait qu'il essaie de réitérer l'exploit de Dernier train pour Busan, qui tenait beaucoup sur l'utilisation bien pensée de l'espace du film, train, gares et voies de garage. Mais il ne parvient pas à investir la tour au centre du film de la même manière. Le parcours de nos survivants en apparaît comme un peu abscons.
Les survivants, donc : tout film de zombie qui se respecte met en scène un groupe de survivants aux talents disparates, et les interactions que cela crée. Ce n'est pas tellement que Yeon Sang-Ho rate cet aspect, mais les personnages paraissent tellement clichés qu'on peut prévoir à peu près les péripétie du film, d'autant qu'il avait déjà utilisé certains d'entre eux (un autre avatar naturellement) dans Dernier train pour Busan. De ce point de vue-là, qu'on s'accordera sans doute à trouver important, ça ne fonctionne pas très bien.
Enfin, il y a une satire politique, avec le random officiel du gouvernement en cellule de crise avec le préfet de police. Mais ici, le film manque de mordant (ah! ah!). Nous avions vu un schéma à peu près identique dans Tunnel de Kim Sung-Hoon, dont le film n'était pas parfait, mais qui possédait un esprit satirique bien plus acéré.
J'ajouterai également une interrogation sur le spectateur d'aujourd'hui, gorgé d'images de ce type : parce que j'ai trouvé que le film ne faisait pas peur, ne mettait pas mal à l'aise, ne provoquait pas le dégoût. Est-ce la réaction d'un spectateur blasé, ou la faute à une photographie qui expose trop la lumière, comme si l'ensemble provenait d'un clip publicitaire?
Finalement, le passage que j'ai trouvé le plus réussi, le plus tendu, c'est celui avec les singes dans le centre d'expérimentation. Même si les militaires qui cherchent bien au ras du sol les bestioles enfuies m'ont bien fait rire ("ah ouais? Un singe ça sait donc grimper? On nous l'avait pas dit au centre d'entraînement!"). J'ai trouvé que, pour la première fois, le film savait instiller une réelle tension.
Mais je propose un élément de réponse, valant ce qu'il vaut : la caméra à l'épaule est censée donner de la nervosité à l'ensemble, je suppose, mais elle a comme effet secondaire qu'on ne voit pas bien l'action, alors on n'est pas très impliqué. Là où un plan large aurait eu l'immense avantage de mieux nous faire nous rendre compte de la disposition des lieux, et donc de réitérer ce qui faisait le charme de Dernier train pour Busan.
Cela aurait de plus pu induire du suspense dans certaines péripéties : un exemple, l'un des personnages a l'idée de passer un vêtement couvert de sang pour ne pas être détectée par un zombie qui s'approche, alors qu'elle est cachée derrière un canapé. Plan sur elle qui regarde le vêtement, plan sur le zombie qui s'approche, puis plan sur le zombie qui contourne le canapé et ne voit qu'un vêtement tâché de sang.
Résultat : pas de suspens. Alors qu'un plan large englobant les deux côtés de la scène, le spectateur voyant agir le personnage en temps réel...
Et j'ai remarqué ce genre de trucs à plein de scènes. Ce qui prouve par ailleurs que je n'étais pas réellement immergé dans le film.
En définitive, Colony est un film prometteur, avec un scénario amusant et pas mal du tout, mais qui a bien trop de lacunes pour réellement impacter le spectateur. On le regarde, c'est pas déplaisant, et puis on passe à autre chose sans regret.