Le réalisateur de l’excellent « Dernier train à Busan », le film de zombies intense et brut qu’il l’a fait connaître, retente une troisième fois le coup avec les morts-vivants. Après le décevant « Peninsula », le revoilà avec ce « Colony ». Ce sous-genre du cinéma d’horreur est peut-être le plus prolifique avec les slashers et les films de possession et on sait à quel point le cinéma asiatique en est friand. Sang-Ho Yeon clôt donc une trilogie sur le sujet mais ne retrouve toujours pas la maestria et la puissance de son premier film. Cette troisième itération sur le genre est sans aucun doute efficace et bien emballée mais elle souffre de défauts trop voyants pour emporter une adhésion totale et surtout surprendre. Il devient difficile d’innover dans le domaine tant le film de zombies a connu tous les traitements et toutes les variations possibles, cela dans toutes les cinématographies du monde.
Heureusement, « Colony » a un sacré atout dans sa manche qui lui permet d’être novateur et original dans son appréhension du zombie. L’idée d’infectés qui interagissent entre eux comme une intelligence collective, à l’instar de fourmis, sous la houlette du patient zéro est géniale et plutôt bien exploitée ici. Sur le versant métaphorique d’abord puisqu’on sent ici la volonté de stigmatiser, au choix, l’intelligence artificielle qui se gave de connaissances prises partout pour s’améliorer ou l’hyper connectivité de la population. Mais c’est surtout sur la pratique, dans la manière dont le réalisateur va représenter ses zombies d’un nouveau genre, qu’on va se régaler. Qu’ils soient ultra rapides a certes déjà été vu; mais leur évolution progressive à force de mimétisme et d’assimilation de connaissances, leur mode de communication et leur façon de se mouvoir frappent la rétine. On pense notamment à ces séquences marquantes où les zombies se superposent à plusieurs pour ne faire qu’un ensemble protéiforme. On ne peut pas dire qu’on ait vraiment peur mais certaines séquences sont visuellement impressionnantes.
En outre, le rythme efficace et la mise en scène, très nerveuse, font le travail. On a cependant parfois du mal à bien discerner l’action lors des séquences d’attaque, principalement la nuit. « Colony » développe aussi pas mal de tics du cinéma américain dans ce qu’il a de mieux (l’amplitude du film est très hollywoodienne) mais aussi dans ce qu’il a de plus caricatural. On peut le voir dans le développement des péripéties et dans l’écriture des personnages. Parfois, on se croirait dans un blockbuster des années 90 ou 2000 dans ce que propose le long-métrage. Par exemple, les facilités de scénario, les coïncidences ou les déductions trop faciles des personnages finissent par rendre tout cela improbable, voire presque ridicule. Et il faut avouer que si l’intrigue est bien ficelée avec son idée au potentiel fort, on est presque dans un remake de « L’Armée des morts » pour le côté huis-clos en centre commercial et les personnages sont vraiment clichés au possible, simplement là pour répondre à une fonction basique (le dégourdi, le flic corrompu, la nunuche, etc). On est donc partagé entre un bon rollercoaster du genre avec une idée de génie assorti de séquences spectaculaires et une écriture générale facile et peu crédible, ce qui empêche clairement « Colony » d’égaler « Dernier train pour Busan ».
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