Un père absent revient dans la vie de son fils "à qui tout réussit". Pourquoi ?

Les avis sur le film étant assez polarisés, j'y vais de mon petit avis personnel, qui sera nuancé. Certains sont agacés par le côté théâtre filmé, empesé, pompeux, qui se dégage du film. Je comprends mais n'y vois rien d'ennuyeux pour ma part, parce que c'est le sujet-même du film : le tragique de la répétition familiale. Alors on est dans le registre tragique. Logique. Mais pour autant je ne célèbrerais pas les dernières scènes où l'on voit Bouquet / le père traverser les murs comme un nouveau spectre d'Hamlet (ou n'importe quelle référence culturelle du genre qui vous fera plaisir) : c'est un peu excessif. L'émotion qui passerait peut-être au théâtre n'est pas la même au cinéma. On n'est pas tout à fait au niveau de Bergman quand même.

La première moitié du film m'a passionné. Que veut-il, ce vieux père indigne et si bien élevé ? Le pardon, de l'argent, se venger du temps qui passe ? Bouquet joue magnifiquement, Berling un peu moins mais quand même très honorablement. Régnier est un peu mise au second plan, c'est dommage, mais elle assure.

La seconde moitié m'a semblé excessive. La scène quasi-finale au bord de la piscine semble à des années lumières du personnage de Jean-Luc le versaillais. Ce n'est plus de la tragédie, pour le coup, mais du grand guignol. Il y a des éléments qui deviennent très appuyés (exemple : on a bien compris que Jean-Luc et son père partagent la même détresse : inutile de pousser le parallélisme jusqu'à les affliger tous deux du vilain défaut qui consiste à boire du lait à la bouteille dans le frigo au milieu de la nuit). La fin (qui est aussi le commencement) ne m'a pas franchement convaincu non plus : après ces déferlements émotionnels, on reviendrait tout simplement au statu quo ante du charme de la bourgeoisie ? Je n'y crois pas. En définitive, le discours sur la filiation, la bourgeoisie, est assez convenu. Le meilleur, c'est le personnage ambigu, dérangeant, impossible joué par Michel Bouquet, son désespoir froid.


Glueklicher
7
Écrit par

Créée

le 13 août 2025

Critique lue 565 fois

Glueklicher

Écrit par

Critique lue 565 fois

2

D'autres avis sur Comment j'ai tué mon père

Comment j'ai tué mon père

Comment j'ai tué mon père

4

inspecteurmorvandieu

4408 critiques

Critique de Comment j'ai tué mon père par inspecteurmorvandieu

Jadis père indigne, aujourd'hui vieillard énigmatique et ambigü, Maurice réapparait sans raison apparente et prend pension chez son fils ainé, lequel voue pourtant à son géniteur une rancune...

le 17 oct. 2024

Comment j'ai tué mon père

Comment j'ai tué mon père

10

Berlin-im-Licht

5 critiques

Fatum

J'ai découvert ce film diffusé hier sur arte (merci à eux) et c'est à mon humble avis un chef-d'œuvre. Il faut totalement mettre de côté toute tentative de réalisme ou de vraisemblance ici; on est...

le 12 août 2025

Comment j'ai tué mon père

Comment j'ai tué mon père

4

estonius

6585 critiques

Avec davantage de rythme, peut-être ?

J'adore Anne Fontaine quand elle met un brin de folie dans ses film. Ce n'est pas vraiment le cas dans ce film où tout est dans les dialogues, comme au théâtre. Et malgré l'excellence de la direction...

le 29 avr. 2022

Du même critique

État limite

État limite

7

Glueklicher

200 critiques

La nef des fous prend l'eau

Le documentaire sur les fous est un sous-genre en soi. Cet opus est beaucoup plus convaincant à mon sens que le très complaisant et faible "Sur l'Adamant" de N. Philibert sorti l'an passé, qui...

le 1 mars 2024

La Forêt silencieuse

La Forêt silencieuse

5

Glueklicher

200 critiques

Sehr dispensable

Il y a une ambiance, qui n'est certes pas installée avec une grande finesse, mais tout au moins une certaine efficacité.Seulement, comme on a à peu près compris l'intégralité de l'histoire au bout...

le 18 févr. 2024

Les Grandes Familles

Les Grandes Familles

7

Glueklicher

200 critiques

Classique

Ce film, qui a pu sembler ringard dès sa sortie (le cinéma de papa, comme on disait alors), traverse paradoxalement bien le temps. C'est ce qu'on pourrait appeler un classique. Une mécanique bien...

le 25 juil. 2025