Un père absent revient dans la vie de son fils "à qui tout réussit". Pourquoi ?
Les avis sur le film étant assez polarisés, j'y vais de mon petit avis personnel, qui sera nuancé. Certains sont agacés par le côté théâtre filmé, empesé, pompeux, qui se dégage du film. Je comprends mais n'y vois rien d'ennuyeux pour ma part, parce que c'est le sujet-même du film : le tragique de la répétition familiale. Alors on est dans le registre tragique. Logique. Mais pour autant je ne célèbrerais pas les dernières scènes où l'on voit Bouquet / le père traverser les murs comme un nouveau spectre d'Hamlet (ou n'importe quelle référence culturelle du genre qui vous fera plaisir) : c'est un peu excessif. L'émotion qui passerait peut-être au théâtre n'est pas la même au cinéma. On n'est pas tout à fait au niveau de Bergman quand même.
La première moitié du film m'a passionné. Que veut-il, ce vieux père indigne et si bien élevé ? Le pardon, de l'argent, se venger du temps qui passe ? Bouquet joue magnifiquement, Berling un peu moins mais quand même très honorablement. Régnier est un peu mise au second plan, c'est dommage, mais elle assure.
La seconde moitié m'a semblé excessive. La scène quasi-finale au bord de la piscine semble à des années lumières du personnage de Jean-Luc le versaillais. Ce n'est plus de la tragédie, pour le coup, mais du grand guignol. Il y a des éléments qui deviennent très appuyés (exemple : on a bien compris que Jean-Luc et son père partagent la même détresse : inutile de pousser le parallélisme jusqu'à les affliger tous deux du vilain défaut qui consiste à boire du lait à la bouteille dans le frigo au milieu de la nuit). La fin (qui est aussi le commencement) ne m'a pas franchement convaincu non plus : après ces déferlements émotionnels, on reviendrait tout simplement au statu quo ante du charme de la bourgeoisie ? Je n'y crois pas. En définitive, le discours sur la filiation, la bourgeoisie, est assez convenu. Le meilleur, c'est le personnage ambigu, dérangeant, impossible joué par Michel Bouquet, son désespoir froid.