Aucune surprise. Mais vraiment aucune. Et dans un sens, c’est presque rassurant. Coutures ressemble exactement à l’idée qu’on s’en fait avant d’entrer en salle. Un film un peu bobo, très auteurisant, ultra parisiano-centré, qui regarde le milieu de la mode et de l’audiovisuel avec sérieux et gravité. Moi comme mon pote, on savait à quoi s’attendre, et on a eu exactement ça. Ni déçus, ni totalement enjoués.
Cet univers m’est complètement étranger. La haute couture, les ateliers feutrés, les rapports de pouvoir feutrés mais bien réels, les silences lourds dans les studios… ce n’est pas mon monde. Pourtant, ça reste intéressant à observer. Il y a quelque chose d’intriguant dans ces microcosmes où tout semble se jouer à voix basse, dans les regards plus que dans les mots.
Angelina Jolie est évidemment l’attraction principale. Quand elle parle français, on sent que c’est appris, appliqué, presque scolaire. Elle y met ses plus beaux sourires, beaucoup de douceur, mais l’aisance n’est pas la même qu’en anglais, où elle retrouve une fluidité naturelle. C’est logique, évidemment. Même chose pour Anyier Anei. À l’inverse, les acteurs français sont forcément les plus solides dans leur langue maternelle. Et quand ils basculent en anglais, on sent parfois que les appuis sont un peu moins assurés (ce qui crée presque un petit décalage amusant).
J’aurais aimé que les trois trajectoires principales (celle d’Angelina, d’Anyier Anei, d’Ella Rumpf, et dans une moindre mesure celle de Garance) soient plus entremêlées, plus organiques. Le montage est sans doute ce qui fragilise l’ensemble. On peut passer de longues minutes avec une intrigue avant de revenir brutalement à une autre, ce qui casse un peu la continuité émotionnelle. D’ailleurs, Angelina n’est pas si présente que ça au final, ce qui peut surprendre vu la mise en avant autour du film.
Ce qui est intéressant, c’est que ces femmes partagent des traits communs. Elles sont discrètes, effacées, souvent en position de subir plus que d’imposer. Ce n’est pas une faiblesse d’écriture en soi, c’est même un axe thématique clair. Le film parle de femmes en retrait, souvent non protagonistes de leurs propres histoires respectives, dans des milieux dominés par l’image, le contrôle et la pression qui finissent à la fin plus ou moins à s'accomplir sans grand éclat et avec pudeur. Mais à force de les construire sur une même tonalité intériorisée, les personnages finissent par manquer de contraste.
La mise à nu d’Angelina reste fidèle à cette logique de pudeur. Rien de racoleur. Juste une exposition brève, presque clinique. Le parallèle avec sa propre histoire médicale ajoute une couche intéressante (double mastectomie préventive afin de prévenir un cancer du sein). Voir son corps filmé avec autant de retenue, crée une sorte d'écho discret entre la fiction et le réel. On remarque d’ailleurs la qualité de la reconstruction mammaire, et je pense que la réalisatrice à penser à ce parallèle entre le travail médical et esthétique très abouti et la haute-couture quand elle l'a castée.
Et puis il y a Louis Garrel. Le pelo, il doit parler cinq fois, mais il a deux scènes intimes avec elle. Certains rôles sont plus enviables que d’autres (on ne va pas se mentir^^).
Le rythme est très lent. Mais c’est assumé. Ce n’est pas un film qui cherche à séduire large. Le problème, c’est que le dénouement paraît un peu moins maîtrisé, avec une ficelle assez visible qui affaiblit l’impression d’ensemble. On reste sur un objet pas totalement abouti, qui ressemble exactement à ce qu’il laisse présager dès l’affiche.
Un film qui explore un monde intriguant, qui propose des portraits cohérents même s’ils sont très effacés, qui a de vraies qualités formelles… mais qui ne dépasse jamais vraiment son statut d’œuvre attendue et convenue. Bon tout cela est un peu décousu et malgré tout, ça reste toujours un plaisir de revoir Angelina à l’écran.
A découvrir!