Luc Besson nous propose une version du célèbre roman éponyme de Bran Stocker.
Ce Dracula se situe dans la veine d'œuvres précédentes du réalisateur, à la fois dramatiques mais aussi burlesques. Un mélange que j'apprécie fort et que l'on voyait déjà dans Subway, Le cinquième élément ou encore Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec. C'est ainsi que le récit oscille entre ambiance sombre classique (façon Nosferatu) et burlesque décadent (presque du Jeunet).
Si la narration se disperse un peu par moments, l'histoire se suit avec plaisir et à plus forte raison car Luc Besson irrigue ce célèbre drame sous un angle bien singulier. En effet, il insiste dans la génèse du vampire, sur la force des sentiments qui unissent le prince et son épouse. Lorsque cette dernière trépasse, Dracula renie Dieu et devient damné. L'histoire est connue. Mais c'est alors que l'espoir d'une réincarnation de l'être aimé va le maintenir dans sa non-vie et dans l'attente séculaire de ces retrouvailles espérées. L'épilogue se verra également conclure sous le signe de l'amour éternel. J'ai trouvé plusieurs parties du récit fort émouvantes à ce titre, servies avec brio par le couple central, Caleb Landry Jones (tour à tour inquiétant et bouleversant) et Zoë Bleu Sidel (magnifiquement passionnée et ingénue).
L'autre spécificité de la narration voulue par le réalisateur est son côté burlesque précédemment évoqué. Le spectateur ne tremblera guère et s'amusera des mimiques de certains personnages : Guillaume de Tonquédec est d'une drôlerie folle dans son personnage de médecin totalement dépassé par l'existence du vampire tandis que Matilda De Angelis campe une affidée de Dracula complètement loufoque. J'adore également Christoph Waltz en prêtre spécial chargé de la lutte anti vampires. Cet acteur, toujours excellent, se pose en inquisiteur qui manie davantage la rhétorique que le pieu en argent, même si ce dernier est partie prenante de sa panoplie.
Enfin, je ne saurais conclure cette critique sans évoquer la très belle musique du film. Celle-ci se situe entre mouvements sombres, qui ne sont pas sans évoquer la bande originale du Dracula de Coppola, et des thèmes plus légers voire nostalgiques, à l'instar de cette boîte à musique qui suscite la tristesse de moments disparus.
Pour conclure, ce Dracula de Luc Besson m'est apparu non comme un cadavre trop souvent ressorti de son cercueil mais plutôt comme une relecture romanesque d'un mythe contemporain. La goutte d'espièglerie écarlate qui le macule offre un parfum inédit au genre. Bon sang ne saurait mentir.