Ce film est pathétique, et le plus difficile c'est de choisir par quel angle l'attaquer tant les options sont nombreuses. On a juste envie d'enfoncer la main dans cette chose toute molle, d'en attraper la colonne vertébrale et de la briser en deux. Si seulement ce film en avait une.
Parce qu'il est non seulement esthétiquement lisse, mais dramatiquement creux. Construit sur un lore incohérent et une mise en scène paresseuse, le film empile des idées moyennement originales, moyennement inspirées (parfum, gargouilles, montages clippés, Versailles) sans jamais les intégrer dans une véritable vision du mythe.
Même Twilight était plus cohérent. C'est dire où ton film se situe.
Besson pose l'idée que Dracula doit être invité pour entrer, cf la scène chez les nonnes qui est explicite là-dessus. Puis il oublie aussitôt cette règle quand Dracula débarque chez Mina. WTF ?
Le film affirme aussi clairement que les vampires craignent la lumière directe du soleil : la vampire prisonnière en fait les frais, brûlée par les rayons directes du soleil. Pourtant Dracula se balade en plein jour (comme la vampire précédente à d'autres moments) à Versailles dans la galerie des Glaces, puis dehors devant le tombeau d'Elisabetha, baigné de lumière, sans broncher. En fait ce vampire est sans défaut, même se tuer il n'y arrive pas, gag "comique" de la chute à voir pour le croire.
"Tu choisis les règles que tu veux, Luc, mais reste un minimum cohérent. Tu peux modifier le mythe, c'est ton droit. Mais propose au moins quelque chose de nouveau ou d'intéressant."
L'idée du parfum comme concept vampirique aurait pu être intéressante. Sauf que, déjà, c'est emprunté au roman éponyme de Süskind, mais en plus ça réduit les pouvoirs du vampire sans enrichir ni sa psychologie ni sa malédiction. Ca ne sert finalement qu'à habiller deux scènes quelque part entre la comédie musicale et le clip: les nonnes en transe, "hommage" au Bal des vampires (encore un clin d'œil qui ne construit rien). Du décor, pas du drame.
Mais le pire, c'est l'absence totale d'inspiration visuelle. Besson, c'était un cinéaste de la caméra, de ses mouvements, de sa grâce. Le combat d'ouverture est affligeant, bâclé, sans énergie, vite fait mal fait. Et toute la mise en scène suit : effets TikTok de superposition d'images, séries de fondus enchaînés pour "illustrer" un amour éternel, déchaînement de violence au ralenti à Versailles. Sans parler de la vampire qui respire, des assaillants du cercueil dignes des policiers caricaturaux chers à Besson, ou de la facilité avec laquelle un vampire de 400 ans se laisse convaincre de se faire empaler entre deux portes.
Le tout dans des décors étriqués ( studio, limite fond verre) avec une imagination aussi confinée que le budget on dirait.
Après tout ça, que reste-t-il ? Pas grand-chose. Même pas une histoire d'amour à la hauteur.