Dragons 2
7.1
Dragons 2

Long-métrage d'animation de Dean Deblois (2014)

« Welcome aboard, dragon rider. » HICCUP

En 2010, How to train your Dragon surprend par la qualité de son animation, la profondeur de son scénario et son univers riche inspiré des romans de Cressida Cowell. Encensé par la critique pour sa maturité émotionnelle et ses scènes de vol spectaculaires, le film rencontre également un large succès public. Fort de cet accueil favorable, DreamWorks Animation identifie rapidement le potentiel d’une franchise et annonce le développement d’une suite, avec l’ambition de faire évoluer les personnages et d’élargir l’univers narratif.

Dean DeBlois, co-réalisateur du premier opus aux côtés de Chris Sanders, accepte de reprendre les rênes du projet sous une condition : que l’histoire s’inscrive dans une trilogie pensée dès le départ, permettant une progression narrative sur le long terme. Cette approche lui permet de planifier une véritable évolution pour les personnages, notamment Harold, passant de l’adolescence à l’âge adulte. Chris Sanders, pris par la réalisation d’un autre projet pour DreamWorks Animation, ne participe pas à cette suite, laissant Dean DeBlois seul aux commandes créatives.

En 2014, How to train your Dragon 2 sort au cinéma et se déroule cinq ans après les événements du premier volet, dans un archipel désormais en paix entre humains et dragons.

Cinq ans ont passé depuis la fin du premier film, et le temps a forgé un nouveau Harold. Fini l’adolescent maladroit, peu sûr de lui et rejeté par ses pairs : Harold est désormais un jeune homme charismatique, ingénieux et confiant. Il incarne pleinement le rôle du dragonnier, avec une armure faite de matériaux récupérés sur les dragons, des gadgets qu’il a conçus lui-même pour voler plus librement et cartographier le monde. À ses côtés, Krokmou a lui aussi évolué, plus agile, plus expressif, devenant un véritable partenaire et non plus un simple animal de compagnie. Tous deux forment un duo complice, redoutable et inséparable, à l’image du futur qu’ils s’apprêtent à embrasser : celui de leaders.

Cette fois, Harold doit affronter un antagoniste : Drago, qui représente l’opposé total de Harold. Lui aussi porte les traces du passé sur son corps : il est amputé d’un bras, conséquence de son affrontement avec un dragon dans sa jeunesse. Là où Harold a vu dans les dragons une possibilité d’harmonie, Drago n’a vu qu’un danger à contrôler. Sa vision du monde est fondée sur la peur et la domination : il utilise les dragons comme des armes, les soumet à sa volonté par la violence, à l’aide d’un Alpha gigantesque, une bête titanesque capable de contrôler tous les autres dragons par la force mentale. Le face-à-face entre Harold et Drago n’est pas seulement physique, il est idéologique : deux hommes brisés, deux parcours opposés, deux philosophies sur la manière de vivre avec la différence.

La bataille entre les deux Alphas est mise en scène avec une intensité rarement atteinte dans un film d’animation. On assiste à un véritable choc de titans, une lutte symbolique entre la domination et la liberté. Le ciel s’assombrit, le bien et le mal, se confrontent, et les dragons deviennent des forces élémentaires en guerre. Loin des standards familiaux habituels, cette séquence ose l’épique, l’imposant, l’inattendu. On est face à une mise en scène grandiose, soutenue par une tension dramatique sincère. DreamWorks repousse ses propres limites, livrant un moment de cinéma qui rivalise avec les grandes fresques épiques du genre.

Quatre ans après le premier opus, les avancées technologiques sont saisissantes. Ce film impressionne par la qualité de sa mise en image : textures réalistes, profondeur de champ, gestion dynamique de la lumière et du vent. Le monde de Beurk, les paysages arctiques, les nuées de dragons, tout est d’une beauté visuelle. Le nombre de dragons affichés simultanément, chacun animé avec sa propre personnalité, témoigne d’un travail titanesque. Mais plus encore, c’est l’animation des personnages humains, plus nuancée, plus expressive, qui permet une immersion émotionnelle plus profonde.

John Powell confirme ici son statut de maître de la musique d’animation. Reprenant ses thèmes iconiques du premier film (notamment celui du vol, si reconnaissable), il y insuffle de nouvelles orchestrations et introduit des thèmes inédits aux moments clés. Le morceau accompagnant la bataille des Alphas est une montée en puissance sonore spectaculaire, tandis que celui des funérailles de Stoïk atteint une émotion rare, mêlant sobriété et grandeur. La bande originale soutient magistralement le récit, en devient même le moteur émotionnel. C’est une musique qui reste, qui vibre, qui marque.

Harold et Krokmou vont encore grandir, mais l’épreuve est rude. Harold retrouve sa mère, Valka, qu’il croyait morte depuis toujours. Cette rencontre bouleverse ses repères et l’amène à mieux comprendre sa propre sensibilité. Mais cette joie est vite assombrie par une tragédie : Stoïk meurt, tué par Krokmou, sous l’influence de l’Alpha de Drago. Ce moment brise Harold. Il doute, il se renferme, il s’éloigne de Krokmou. La tension est palpable, la douleur réelle. Pourtant, là où Drago aurait cédé à la haine, Harold choisit de croire, de pardonner. Il libère Krokmou de l’emprise mentale et renoue avec lui, plus fort que jamais. Leur lien, forgé dans l’adversité, devient inébranlable.

À la fin du film, le double couronnement de Harold et Krokmou est symbolique et puissant. Harold, désormais orphelin, endosse la responsabilité de son peuple avec une maturité nouvelle. Il ne fuit plus son rôle, il l’assume pleinement. Krokmou, de son côté, prouve sa force en défiant l’Alpha de Drago et en le battant non par la brutalité, mais par la détermination et la foi en ses alliés. Il devient l’Alpha, le chef naturel des dragons. Deux êtres rejetés, marqués par la différence, s’élèvent au sommet, chacun à la tête d’un monde, dans une cohabitation harmonieuse. C’est une magnifique leçon sur la force de l’empathie, de la coopération et de la résilience.

How to train your Dragon 2 n’est pas une simple suite : c’est une œuvre plus sombre, plus ambitieuse, qui ose aborder des thèmes complexes comme le deuil, l’héritage, la guerre et la réconciliation. Elle fait grandir ses personnages tout en faisant grandir son public. Le film élargit l’univers, enrichit les enjeux et se positionne comme le pivot émotionnel de la trilogie. Un chef-d'œuvre d’animation moderne, porté par une vision artistique forte, une musique inoubliable et une animation de haut vol. C’est l’un des rares films d’animation à combiner aussi brillamment aventure, émotion et réflexion.

StevenBen
8
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le 17 juin 2025

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Steven Benard

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