Eddington
6.2
Eddington

Film de Ari Aster (2025)

Division, contamination et réappropriation.

L'Amérique blanche décrite par Ari Aster dans Eddington, est un pays que les dissensus confus poussent au bord de la guerre civile. Si Alex Garland avait osé imaginer un tel conflit de manière plutôt réaliste l'an dernier, Aster, lui, prend le parti du western, en en respectant les codes, paysages et personnages emblématiques, pour les détourner avec humour. Partant d'une ville et d'une famille, il finit par parler de son pays et de son époque.

Le film se déroule en deux actes assez clairs, le premier assez classique, le second plus foutraque, et opère un mouvement crescendo virtuose vers le thriller, sublimé par la mise en scène du prodige du cinéma américain et du génial chef opérateur Darius Khondji. Centré autour de Joaquin Phoenix en grande forme, qui porte le film sur ses épaules (les autres personnages sont sous développés), Eddington amène le chaos et la confusion par trois biais : la division (violente, entre les Républicains et les Démocrates, blancs et noirs...), la contamination (d'abord du Covid puis du complotisme), et la réappropriation (du territoire autochtone originel par les colons américains, comme des luttes Black Lives Matter par des militants blancs).


Les défauts du film naissent de ses qualités, car la confusion globale qui en ressort découle de ce chaos filmé, à la fois trop dense et trop superficiel, à l'image d'un dumbscroll sur les réseaux sociaux, qui passent d'un sujet à un autre sans transition ni approfondissement, et qui abêtit autant qu'il suscite des minis réactions passives et hypocrites (le scroll, pas le film). Le cinéaste choisit ce biais esthétique pour parler de notre monde, parfois avec un peu de retard et de lourdeur, mais non sans raison et sans éclaircies. Trop long, le film pâtit de la volonté de son réalisateur de vouloir faire une somme, à la fois de son cinéma (on retrouve ses thématiques fortes, la famille, la secte, Œdipe), et de son monde (technologique, asocial, libéral, complotiste, fasciste, violent), où les réseaux sociaux sont aussi dangereux que le port d'armes.

Bref, on retiendra de cette comédie à la noirceur assumée, certaines splendeurs, on oubliera quelques ratés de ce film de genre, mais on se souviendra sans doute d'Eddington, d'une manière ou d'une autre, et de son réalisateur, Ari Aster, qui montre qu'il peut tout faire, horreur comme comédie (parfois trop, comme un enfant hyperactif) mais qu'il fait partie de ces cinéastes américains résolument modernes.

Dormir_Debout
7
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le 22 juil. 2025

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