Eddington
6.2
Eddington

Film de Ari Aster (2025)

Après Christopher Nolan, Denis Villeneuve ou encore Damien Chazelle, c'est Ari Aster qui se voit prêter des prétentions ou brocardé pour un supposé "melon de la taille d'un champignon". Formule qui se croit spirituelle qui en dira bien plus sur son auteur que sur sa cible.


De la même manière, Ari Aster semble, depuis Beau Is Afraid et plus encore avec le présent Eddington, vouloir quitter les rives de l'horreur pure et du malaise made in A24 qui ont fait sa gloire. Un virage qu'on lui reproche aussi, comme une infidélité, comme quand un groupe de rock adulé à ses débuts se voit jeté aux chiens s'il s'avise de tenter de se renouveler et de s'aventurer vers des terrains plus pop.


Soit une catégorisation aussi regrettable que terriblement simpliste, à mon sens.


Mais Eddington, à mieux y regarder, ne semble pas si éloigné que cela, finalement, de Hérédité et Midsommar.


Après, si le masqué veut être sincère, il reconnaîtra ici que Aster ne se montre pas toujours très subtil au terme de son dernier effort, ou encore qu'il peine à couper la fin de son oeuvre, qui s'étale péniblement en une dizaine de minutes supplémentaires redondantes.


Il faudra aussi avouer que Eddington joue plus d'une fois avec la patience de son public.


Au rayon des prétentions plus ou moins avouées, il faut admettre que Ari Aster jouait cartes sur table très tôt, via l'une de ses affiches préventives, qui illustrait la chute violente de quelques bisons à flanc de falaise.


Aster allait donc parler, ô stupeur, du déclin de l'empire américain. Ce qui aurait dû pourtant faire mouiller, même un peu, le camp du bien de ce côté-ci de l'Atlantique. Au moins ne trompe-t-il pas sur la marchandise.


Car Eddington évolue dans un décor de western morne, qui mute peu à peu en véritable ville-fantôme. Car Aster multiplie ses thématiques qui s'entrechoquent et monte le film vers une sorte d'ébullition non contrôlée, subvertit à la fois Rambo et les frères Coen, embrasse à la fois le tragique et le cartoon, s'inquiète d'un monde dans une période troublée et instrumentalisée.


Aster décrit un pays en crise profonde. Comme Alex Garland avait pu le faire dans son Civil War. Soit un pays assis sur un tas d'explosifs, avec ses failles, ses obsessions, ses renoncements, ses dangereux rapprochements et sa pauvre politique douteuse. Son complotisme, ses gourous, et surtout, ses communautés crypto-fascistes pleines de mots en -isme qui n'entendent plus rien, surtout pas le camp d'en face.


Dans sa façon de renvoyer tous les camps dos à dos de manière assez jouissive, Eddington se rapprocherait presque de The Hunt et de sa satire mordante. Aster n'épargne personne, avec sans doute une sorte de sourire en coin derrière la caméra.


Jusqu'à ce que Eddington s'emballe, révèle la nature de ses principaux personnages et rappelle l'intense repli sur soi de cette communauté. Jusqu'à ce qu'on réalise que cette société est hyper surveillée, via les portables, les réseaux sociaux ou les gestes barrières, hyper malléable, via les émeutes BLM à la pensée prémâchée. Et paradoxalement informée jusqu'à l'overdose, propice à la défiance, aux théories du complot et à la manipulation de la post-vérité.


Et à mesure que le film avance, le sourire du public s'efface. Car il fait soudainement le lien avec son quotidien. Pas aussi paroxystique, mais bien parti pour, entre outrances et ras-le-bol. Car il se rappelle soudainement de cette surdité perpétuelle face à celui qui ne pense pas comme soi.


Derrière la critique, il y a donc aussi le désarroi et un sentiment de colère sourde.


Ainsi, au contraire de ces films de genre sur lesquels certains critiques se pâment inexplicablement de manière assez complaisante, comme The Substance, Substitution - Bring Her Back, Barbare ou Evanouis (Oups ! le masqué vient de spoiler son prochain avis), Eddington s'impose comme l'une des figures principales du genre horreur cette année, et sans avoir l'air d'y toucher en plus.


Car au-delà de la générosité du gore, de la scène choc, de l'ambiance malsaine et de certains jump scares faiblards, Eddington se montre bien plus terrifiant et traumatisant parce qu'il se contente de porter à l'écran toute la réalité d'un monde épidémique incontrôlable et absurde, qui marche sur la tête au bord du précipice.


Le nôtre.


Behind_the_Mask, America... Fuck Yeah !

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le 12 août 2025

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