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Citizen Vain
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Eddington est un film fiévreux, aussi malade que le sont les victimes de la Covid-19, aussi imprévisible que les réactions militantes diffusées massivement sur les réseaux sociaux, pourtant convenu voire conservateur dans sa représentation d’un ordre du monde qui demeure inchangé malgré les actions individuelles. En cela, il prend le contrepied de Young Mr. Lincoln (1939) signé John Ford, portrait élogieux d’Abraham Lincoln représenté dans ses premières années de combat politique pour les élections municipales : là où celui-ci s’intéresse à la construction d’une identité d’homme public mimétique d’un ordre social rétabli, le présent long métrage s’échine à déconstruire la tranquillité et la droiture initiales de Joe Cross pour le vider de sa substance humaine et lui substituer des discours, des actes et des postures empruntés à d’autres.
L’intelligence d’Ari Aster tient ainsi à sa façon de détourner notre attention par les personnages secondaires, tous sous l’influence d’un groupe, dont les mutations expriment celles du candidat à la mairie asthmatique : il corrige ainsi le premier John Ford, rempli d’illusions nationalistes, par le John Ford vieillissant de The Last Hurrah (1958), dans lequel nous suivons la campagne d’un maire sortant peinant à composer avec la télévision et les médias. Le théâtre du monde, plein de bruit et de fureur, confond différents registres de façon à concevoir un western psychologique et grotesque à la forme aussi muable que les prises de décision de Joe Cross, et où se projettent les névroses des États-Unis ; face à lui triomphe le grand capital, encadrant le film par l’image de cette entreprise technologique que personne ne pourra empêcher de s’installer, et que ses messages pacificateurs feront passer pour le nouveau souffle d’une terre soucieuse de retrouver son âme indienne. Un brûlot audacieux.
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Créée
le 1 oct. 2025
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