Évanouis nous demande : que peut-on adorer plus qu’un film d’horreur qui nous inquiète dès son poster ? Peut-être la joie rare et précieuse d’un film attendu qui, en plus, ne nous déçoit pas.
C’est un fait, l’horreur aime les enfants. Reflet d’une innocence corrompue, retour à une forme de bestialité primate ou simple rappel de nos frustrations, ils englobent toute une flopée de métaphores qu’on adore détester. Mais, en leur absence, que peut-on bien filmer ?
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À grands coups de communication agressive mais intelligente, on nous vend Évanouis comme un nouveau messie horrifique, une forme hybride du thriller psychologique et d’elevated horror, si tant est que le terme veuille dire quelque chose. Un mixage barbare, mais efficace, tant les campagnes ont pu faire couler de l’encre sur les réseaux.
Le film du désormais établi Zach Cregger (Barbarian, 2022) s’ouvre sur un travelling avant, dont la parallaxe malaisante rappelle le point de vue des enfants : courant mécaniquement, en ligne droite, à travers la nuit. En faire le premier plan donne une tonalité visuelle à l’œuvre. Travellings, dollies, caméra épaule et panoramiques, la mise en scène s’avère d’une générosité parfois étouffante. Mais cet étouffement a l’intelligence de relâcher son emprise pour laisser respirer non pas le spectateur, mais ses effets horrifiques.
Le style d’une nouvelle vague horrifique, tardive mais réelle, dont fait partie Cregger, subit directement l’influence de la précédente vague représentée par la « trinité » Aster-Peele-Eggers, parfois attribuée à tort à la société A24. Une esthétique propre et distinctive, cherchant plus à appuyer le propos qu’à servir d’effet stylistique comme pouvait le faire la French Frayeur. Ici, la mise en scène est à bras le corps de ses personnages : un manque certain d’innovation, mais la maîtrise technique est telle qu’elle nous colle au fauteuil dans ses moments de tension.
Une scène en voiture, d’un seul et unique plan, s’avère l’une des plus efficaces du film, alors que ladite voiture – comme la caméra – n’avancent pas d’un pouce. Et une autre jongle entre l’horreur et le burlesque avec maestria, dans une maîtrise qui rappelle, sans les citer directement, des films comme Hérédité (2018), Kairo (2006) ou encore L’étrange cas Déborah Logan (2014). De vraies scènes gores et généreuses apparaissent au milieu de ces séquences plus sobres, faisant resurgir toute la mollesse et la fragilité du corps humain. En ré-équilibrant ce rapport au corps, Zach Cregger nous rappelle la réalité derrière les parfois grands-guignolesques gerbe de sang du cinéma horrifique.
Critique d'Antoine à lire sur https://cineverse.fr/evanouis-zach-cregger-film-critique/