Évanouis est le 2e film de Zach Cregger, qui avait fait son effet avec l'excellent Barbare, malheureusement déposé sans grande promo sur Disney+. C'est suffisant pour s'intéresser à sa carrière dans les films d'horreur, le bougre ayant démontré un bon sens de la narration, du mystère et du cadrage anxiogène. Et vous savez quoi ? C'est exactement ce qu'on a dans sa nouvelle production, en point qu'on pourrait se demander s'il ne va pas nous ressortir une formule toute faite à chaque film. Mais l'efficacité est là, et marque encore plus que dans son précédent long-métrage.
Déjà le synopsis intrigue : la quasi-totalité d'une classe de primaire est partie de chez elle une nuit, à 2h17 du matin précisément, et les enfants ne sont pas retrouvés. L'unique élève encore présent ne sait rien, l'institutrice non plus, et 30 jours après la disparition il n'y a rien de nouveau. Les adultes sont sur les nerfs tandis qu'une narratrice enfantine nous explique que l'affaire a été étouffée parce que tout le monde est embarrassé de n'avoir rien compris.
Tout un programme qui va nous mener de mystère en mystère avec un sens du rythme impeccable. Le film évoque Sale Temps à l'Hôtel El Royale, de Drew Goddard : une narration éclatée qui nous fait passer d'un personnage à un autre, n'hésitant pas à revenir sur des événements déjà vécus, et ayant tendance à nous faire changer de point de vue juste au moment d'un cliffhanger. Ça donne une structure de série télé à suspense tout en réussissant à limiter la frustration d'être coupé dans l'action, car chaque changement de personnage apporte une dynamique nouvelle et intéressante, là où Drew Goddard gérait moins bien cet aspect sur la fin de son film au point où ça en devenait un gag.
En parlant de gag, Zach Cregger confirme qu'il fait partie des réalisateurs modernes qui savent vraiment bien incorporer l'humour à leur film d'horreur sans désamorcer ses effets. Le film est gore, parfois de manière grotesque à vue humoristique, parfois de façon beaucoup plus glaçante, et parfois même on a vraiment l'horreur et l'humour qui se mélangent de façon détonante, certaines scènes étaient absolument mémorables. C'est d'autant plus fort que ça nous prend souvent au dépourvus mais qu'il y a une logique derrière, on voit très bien pourquoi ça se passe comme ça. Ce n'est pas juste du gag de petit malin ou des punchlines idiotes, ce sont les situations qui sont naturellement drôles sans pour autant nous faire oublier les enjeux.
Niveau mise en scène, je n'aurais pas énormément de choses à dire si ce n'est que certaines scènes étaient trop sombre pour être agréable à l’œil et m'ont gêné pour quelques scènes clé. Néanmoins il y a de bons cadrages, ça fonctionne. En revanche le film a une excellente écriture et surtout une construction exemplaire, malgré une légère baisse de rythme lors d'un moment explicatif (mais c'est léger et je ne suis pas sûr qu'on pouvait faire beaucoup mieux). La narration sait ménager de nombreux trous qui sauront être naturellement bouchés soit par la suite des événements, soit par l'intelligence du spectateur. Le script est riche en thèmes discrètement amenés et en set-up qui prennent une dimension ironique, et il brocarde beaucoup d'éléments de société sans les surligner.
Cela marche entre autres parce qu'un soin particulier a été donné à la caractérisation des personnages : ils sont tous bourrés de défauts humains, et ça les rend très sincères et attachants quand ils veulent bien faire mais qu'ils s'y prennent n'importe comment. Cela aide aussi à faire passer la représentation de cette société dysfonctionnelle. Par exemple on a eu quelques représentations critiques de policiers au ciné qui y allaient avec de gros sabots ou en réduisant la psychologie des flics à un archétype, mais le propos marche beaucoup mieux quand on a un vrai personnage bien écrit qui se trouve simplement paumé alors qu'il essaie de faire son métier. Et ça vaut pour beaucoup d'autres éléments que je vous laisse découvrir, comme le titre original "Weapons" qui en dit long sur ce que représentent les enfants dans ce monde fait par les adultes pour les adultes.
Zach Cregger a frappé fort. Après Ari Aster et son Eddington qui voulait représenter d'une manière sans doute trop bourrine les conflits des réseaux sociaux en live, Évanouis se montre plus subtile dans sa déliquescence d'une ville dont les habitants se demandent soudainement ce qui arrive à ses enfants et comment ils pourraient arranger la situation là où la police est impuissante. Sa gestion des twists et des envolées horrifico-humoristiques en fait un divertissement de haut vol, c'est pour l'instant mon expérience en salle préférée de l'année. On attend maintenant avec curiosité ce que le réalisateur pourra bien faire de son prochain film, un certain Resident Evil.