Évanouis
6.8
Évanouis

Film de Zach Cregger (2025)

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Phénomène de l’été outre-Atlantique, le succès d’Évanouis est remarquable sur plusieurs points : c’est un film « indépendant », c’est un film d’horreur et il n’appartient (pour le moment) à aucune franchise. Une légère bouffée d’air frais dans un box-office saturée par les miasmes des cadavres de blockbusters s’essoufflant les uns après les autres.


Le film a le mérite de jouer sur deux tableaux assez malicieusement complémentaires : d’un côté, la kyrielle d’effets traditionnels du genre, un peu lourdement assenée dans la première partie, avec tension face à une porte, cauchemars hallucinés et jump scares inutiles ; de l’autre, l’ambition d’un récit au long cours, autour d’une disparition massive d’enfants, et l’incapacité de la communauté à les résoudre. Sur près de 130 minutes, Zach Cregger élabore une narration chapitrée par personnages, et donne à son film le souffle d’un récit choral doté de quelques effets Rashomon, puisque la même séquence est revue depuis un autre point de vue. Ce temps accordé aux personnages permet une caractérisation assez rare dans le genre, d’autant qu’elle n’est pas à la gloire des protagonistes, plutôt médiocres, alcooliques, infidèles, ou inefficaces, voire un brin fascistes.


C’est clairement dans ce regard sur une petite communauté traumatisée par la béance que le film est le plus réussi. Sa manière de filmer les foules, son refus d’héroïser l’une des victimes désignées comme responsable dessine une satire assez inquiète de la banlieue américaine, dans laquelle les grandes maisons sont des forteresses sous vidéo surveillance, mais où personne ne comprend ni ce qui se passe, ni comment y remédier. Tout au plus peut-on aller faire le plein au supermarché d’alcool - symbole auquel répondra dans un segment final le rayon des soupes Cambpell, clin d’œil à peine voilé au Pop Art et son regard cynique sur la société de consommation. Tout au plus peut-on se donner un rôle qui donnerait l’air de gérer, à l’image de ce flic (qui rappelle beaucoup celui de Magnolia), surtout empêtré dans l’American dream avec vendredi ovulation et samedi chez les beaux-parents.


Il faut pourtant bien expliquer cette fameuse disparition, et donner aux spectateurs ce qu’ils attendent. C’est là où, comme d’habitude, l’édifice se fragilise. Cregger se révèle un metteur en scène solide dans les scènes dynamiques – notamment celles impliquant des voitures et des courses poursuites, et sa gestion des séquences dans l’obscurité, la plupart dénuées de la superflue musique d’ambiance, sont plutôt efficaces. Mais, à la manière de ce qui venait pulvériser les promesses de Longlegs l’année dernière, le recours au fantastique est loin de convaincre.

Le personnage de tante Gladys est certes assez effrayant, mais cette espèce de masse brutale de sorcellerie sans mobile a de quoi laisser sceptique. Car en construisant de manière aussi crédible et solide son récit, Cregger s’expose à certaines exigences pour sa résolution. Toute la partie du point de vue de l’enfant patine pas mal, d’autant qu’elle transforme tous les personnages précédents en zombies par la magie de ce ressort très pratique de la possession vaudou. Cregger avait disséminé des indices sur le motif des parasites (dans le cours de l’institutrice, à la télé chez le couple gay) qui se révèlent pour finir de purs clins d’œil, alors qu’on pouvait imaginer une symbolique bien plus riche sur la dimension endémique du mal, plutôt que cette petite incruste d’un monstre de foire.

Un élément sauve néanmoins le film du marasme : son humour. Cregger a beau chercher à sonder les peurs les plus primales et les saupoudre de quelques saillies de gore assez explicite, il ne délaisse pas pour autant la dimension ludique du genre. Humour noir, comique de répétition presque cartoonesque, et final cathartique assez délirant dans lequel on défonce avec une euphorie certaine toutes les cloisons de la banlieue cossue et ses home sweet home… En dépit de l’évidence de son talent, Cregger a le bon goût de ne pas trop prendre trop au sérieux, ce qui excuse en partie les limites de son écriture.


(6.5/10)

Sergent_Pepper
6
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le 13 août 2025

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Sergent_Pepper

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12

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