Succès suprise de l'été (40 millions de $ de budget pour 250 millions de récoltés jusque là, on avait pas vu une réussite pareille depuis un moment), "Évanouis" (Weapons en VO) est le second film de Zach Cregger après le remarqué "Barbarians" (que j'avais trouvé moyen la première fois mais que j'avais revu à la hausse à la revoyure). Précédé d'une bande annonce intriguante, le film promettait un thriller fantastique sur fond de mystérieuse disparition d'enfants, tous issus d'une même classe, le résultat est beaucoup plus surprenant qu'attendu.
"Évanouis" pose d'emblée ses intentions dans son intro : en choisissant d'évacuer ce qui semble pourtant l'élément principal (à savoir la disparition des enfants), Cregger fait un choix curieux et déstabilisant. Les faits sont relatés par la voix off d'une gamine (qui ne fait même pas parti de l'histoire, c'est juste une narratrice extérieure, qu'on retrouvera ensuite à la toute fin) alors qu'on se serait plutôt attendu à une scène d'introduction angoissante. Comme l'explique le film, le plus important démarre 1 mois plus tard, alors que la vie a plus ou moins repris son cours. Les parents des enfants disparus attendent toujours des réponses et la coupable idéale reste la professeure de la classe des gosses, harcelée et montrée du doigt au quotidien.
Au départ, le film s'avère un peu décevant. C'est que Évanouis met un peu de temps avant de dévoiler ses intentions. La première partie évolue dans des eaux classiques : jump scare, rêves étranges... L'écriture du scénario et des dialogues peine à convaincre (la scène dans le bar avec ses dialogues passifs/agressifs est un peu lourde), les personnages pas forcément attachant et leur décisions pas toujours cohérente. Puis il se transforme en récit chorale à point de vue multiples, Cregger déstabilise encore un peu plus le spectateur, parce que ce n'est pas du tout ce qu'annonçait la bande-annonce.
Il faudra attendre le segment concernant le jeune junkie pour commencer à y voir plus clair et pour que tout commence à s'imbriquer. En fait, pour comprendre Évanouis, il faut revenir sur le parcours professionnel de son réalisateur. Cregger ne vient pas du cinéma horrifique mais de la comédie. Et ça se ressent clairement ici. De l'humour, il y en a dans ce second long métrage. Et il est très drôle. Il y en avait déjà dans Barbarians. Ce qui n'empêche pas le film d'être tout aussi réussi sur le plan horrifique. L'intelligence de son réalisateur est de savoir doser les différents aspects, de savoir dispenser la violence avec parcimonie (à l'opposé de l'air du temps), ce qui la rend d'autant plus efficace. Cregger est beaucoup plus malin qu'il n'y paraît. Le personnage de tante Gladys ressemble beaucoup au Nicolas Cage grimé de Longlegs sauf que là où c'était raté dans ce dernier parce que le film se prenait trop au sérieux, ça fonctionne ici parce que l'équilibre est bien mieux géré, parce que le personnage ne sombre pas dans le grotesque.
Il y a du Jordan Peele chez Creggers. Et pas seulement parce que leur parcours est similaire. Il y a de la roublardise dans Évanouis. Mais pas celle d'un type prétentieux qui se croit meilleur que les autres, plutôt celle d'un mec qui a envie de faire les choses différemment, qui a envie de s'amuser... Il y a un côté sale gosse qui culmine dans une scène finale jouissive, aussi hilarante que violente. Et cette roublardise a fini progressivement par me séduire. On pense aussi au cinéma d'horreur coréen en terme d'influence, notamment "The Strangers" de Na Hong-jin.
Ceux qui s'attendent à un énième "Conjuring" ou un "Ça" risquent d'être déçu et j'ai vu d'ailleurs plusieurs personnes quitter la salle bien avant la fin. Mais je ne saurais trop vous conseiller d'aller le voir, ça fait un moment qu'on avait pas vu une vraie proposition aussi originale et généreuse. Et Creggers devient désormais un réalisateur dont il sera intéressant de suivre la carrière, d'autant plus qu'il a été choisi pour tenter de relancer la franchise Resident Evil au cinéma après l'échec du dernier film. Un projet ô combien casse gueule.