Évanouis capte d’emblée par son mystère glaçant : la disparition soudaine d’une classe entière d’écoliers, fuyant leurs foyers en pleine nuit comme mus par une force occulte, laissant derrière eux une communauté en proie à la panique et à la paranoïa. Zach Cregger, avec une maîtrise formelle remarquable, tisse un thriller psychologique à l’atmosphère envoûtante et sinueuse, évoquant l’empreinte troublante d’un Stephen King des petites villes américaines. Le film se distingue par une construction narrative audacieuse — des chapitres multipliant les points de vue — et par une approche visuelle hypnotique, servie par une photographie nervée et une partition sonore inquiétante. Si l’intrigue, flirtant parfois avec le registre de la sorcellerie, peut dérouter par ses audaces et ses ellipses, elle conserve une puissance symbolique forte, interrogeant avec acuité l’hypocrisie sociale, la violence latente et les terreurs parentales. Porté par des interprétations convaincantes — notamment celles de Julia Garner et d’un Josh Brolin déchiré —, ce film dérangeant et imprévisible, tout en humour noir et en tension sourde, confirme le talent singulier de Cregger pour mêler l’angoisse étouffante à une énergie chaotique et poétique. Une œuvre qui, malgré ses risques narratifs, marque par son originalité et sa force évocatrice.