Notes sur le film (spoilers) : Construit à la Rashomon (1950) – toutes proportions gardées évidemment -, Évanouis nous propose d’abord un pur thriller, en additionnant avec doigté divers points de vue sur l’après d’un événement traumatisant – la fugue de 17 enfants -, avec, ci et là, des zests de sursaut horrifique. Cette partie du récit est tenue par une écriture qui sait être parfois brillante, en dépeignant des êtres dont le poids du quotidien et des failles se ressent avec force, mais sans schématisme, ni simplisme, comme le procédé des multiples points de vue aurait pu le laisser craindre.
Puis, après un peu plus d'une 1h de film, Evanouis plonge pleinement dans le cauchemar domestique, à la fois pour clore son intrigue qui a su fasciner, et pour échauffer le spectateur avec des images de violence marquantes, qui sont à la fois contextualisées au sein du film – tous les personnages sont violents parce que sous emprise -, tout en ayant l’ambition de la parabole vers le réel le plus traumatisant, à savoir la violence physique et psychologique à l’égard des enfants. En ce sens, certains plans de rage d’un parent vers sa progéniture apeurée sont diaboliquement efficaces. La vengeance finale est aussi brutale que cathartique, en convoquant l'aspect viscéral d'un George A. Romero. Mais Evanouis ne passe pas sous silence les conséquences d’une telle débauche de violence, ce qui responsabilise son rapport au sujet : la violence est parfois nécessaire, mais coûteuse.