Un troisième opus de cette relance d'Evil Dead, troisième tentative de prouver que la franchise a encore quelque chose à raconter, et troisième fois que l'on confond copie mal copiée et héritage. Après un Evil Dead reboot qui modernisait intelligemment le mythe sans trop le trahir, mon opinion je sais que ce n'est pas partagé et je m'en carre le Necronomicoquillard, puis Rise qui transformait jusqu'au nom de la licence en Evil BrainDead, Burn commet selon moi la même erreur, enterre la logique six pied sous terre, plus de sang, plus de cris, plus de souffrance... mais toujours aucunes réelles idées et une identité qui n'a d'Evil Dead que le nom.

Le vrai problème, c'est que ces nouveaux réals semblent avoir retenu une seule chose de Sam Raimi : l'horreur qui choque. Comme si son cinéma se résumait à des litres de faux sang et des sets pieces hors normes, jusqu'à nous servir des conneries de lave vaisselle et d'appui-tête... Or Raimi n'a jamais révolutionné le genre parce qu'il était plus gore que les autres, parce qu'il avait les idées les plus fofolles woo une fourcette dans le poputain! Il l'a révolutionné parce qu'il filmait comme personne et qu'il aimait le genre comme personne, le sachant assez robuste pour supporter un peu d'humour noir et de kitsch assumé. Sa caméra devenait démoniaque, le montage semblait pris de convulsions, les objets s'animaient, les décors vivaient, l'humour noir désamorçait la terreur avant de la relancer. Chaque histoire respirait une invention permanente. Chez Sébastien Vaniček vu que c'est à lui que l'on doit ce nouvel opus, la violence devient la seule finalité et seule réelle prouesse de ce Evil Dead Burn. Sa mise en scène possède une énergie réelle, oui et déjà là dessus chapeau, on peu critiquer ce qu'on veut, la DA et le montage de Burn sont très propre, mais elle fonctionne sur un seul registre : l'agression. Gros plans, caméra fébrile, cadres étouffants, surenchère permanente, au bout d'une heure, tout finit par produire exactement le même effet et ça saoule. Là où Raimi transformait chaque séquence en attraction foraine sous acide, Vaniček les transforme en rep de muscu. Ça cogne fort mais ça pense autant qu'un bodybuilder devant une statue greco-romaine. Et ce n'est finalement pas si surprenant lorsqu'on regarde sa filmographie. Déjà dans Vermines le spectacle prenait rapidement le dessus sur l'écriture. Derrière une idée de départ fun mais peu inspirée, le scénario s'effondrait rapidement, les personnages perdaient en épaisseur et les situations se résolvaient souvent par la fuite en avant. Burn a exactement les mêmes défauts, simplement avec des possédés à la place des araignées. Plus le récit progresse, plus le scénario semble abandonner toute ambition dramatique pour empiler les morceaux de steaks. Le film tente bien de raconter une famille rongée par le deuil et la culpabilité. Sur le papier, c'était une excellente porte d'entrée. Dans les faits, ces thèmes ne servent qu'à justifier les possessions successives. Les conflits sont énoncés, rarement vécus. Les personnages sont aussi mémorable qu'une prise de sang, et dès que les Deadites débarquent, tout disparaît derrière un marasme de décibels et d'hémoglobine. Le scénario déroule ainsi son programme avec cette régularité industrielle à vomir. Les révélations arrivent au moment exact où elles doivent arriver. Les personnages prennent systématiquement les décisions les plus absurdes possibles parce qu'il faut bien nourrir le massacre suivant. On ne sent jamais une logique humaine. Seulement une logique de script. Même si on appréciera légèrement le rôle du frère la, voilà j'ai déjà oublié le nom des personnages, qui un coup est lâche un coup est pas content du tout... bon. Même la violence finit par devenir monotone. Oui, c'est spectaculaire. Oui, certains maquillages sont impressionnants. Mais lorsque chaque scène cherche à battre la précédente, plus aucune ne possède de véritable impact. Le film semble persuadé que l'intensité se mesure au nombre de litres de sang déversés à l'écran. C'est oublier qu'une seule scène de la cave dans le premier Evil Dead ou qu'une simple caméra qui traverse les bois, restent infiniment plus marquantes que cinquante litres de sauce barbecue numérique.

Souheila Yacoub fait exister maladroitement un personnage que le scénario abandonne régulièrement. Le reste du casting fait ce qu'il peut avec des rôles qui ressemblent davantage à un ordre de passage vers l'abattoir qu'à de véritables êtres humains. Ce qui frappe surtout, c'est que Vaniček semble confondre tension et saturation. Plus ça hurle, plus ça coupe, plus ça éclabousse, plus il semble convaincu que le film devient grosse qualité. Or l'horreur fonctionne aussi et souvent surtout par le contraste. Raimi l'avait parfaitement compris. Lui savait faire monter la folie. Vaniček la met directement au max... et n'a ensuite plus aucun endroit où aller. Burn n'est pas un nécessairement un film de merde. C'est un film techniquement solide mais qui aurait pu s'appeler autrement qu'Evil Dead et ça aurait fait le même effet de déception. Il donne constamment l'impression de vouloir reproduire l'énergie d'Evil Dead sans jamais comprendre ce qui la rendait unique.

Au fond, c'est peut-être ça l'horreur de cette nouvelle trilogie, la où Raimi cherchait à repousser les limites du cinéma d'horreur, ses successeurs semblent surtout chercher à repousser les limites du gore et de la shock value, les idées dans la cave et l'inventivité scellée dans un vieux bouquin démoniaque. Quoi qu'on en dise, Burn n'est qu'Ash Ash Baby.

bloodborne
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