Excellent polar italien de 1969 parfois classé dans les poliziottesco et parfois non, mais c'est sans importance.
Pour les amateurs de films noirs, une qualité originale devrait sauter aux yeux (mais on comprend que les autres - les non amateurs - ne la comprendront pas ou s'en moquent, en plus de, peut être, ne pas l'apprécier).
C'est un film de détective ultra classique dans son développement (son titre italien est d' ailleurs "Un détective") avec cependant un enquêteur qui a l'exact opposé des attributs communs aux centaines d'entre eux que nous avons déjà vu. Il est hors du gradient qui va de l' archétype "chevalier des bas-fonds solitaire et désintéressé" (par exemple le modèle Philip Marlowe de Raymond Chandler) à celui du "justicier pur et dur appliquant la Loi sans états d'âme ni charité" (par exemple le modèle du Continental Op de Dashiell Hammett).
L'enquête part d'une embauche au black d'un flic (Franco Nero) par un notable (Adolfo Celi) pour régler une histoire de famille en apparence juste un tout petit peu tordue. Elle se déploie pour démasquer peu à peu : argent corrupteur, sexe dévoyé, faux-semblants labyrinthiques, chantages intermédiaires, séductions perverses et femme fatale. Voilà pour la trame classique.
Ce qui en revanche est original est que l'enquêteur, qui remonte pas à pas les filières enchevêtrées et obscures de l'imbroglio, est un inspecteur de l'immigration corrompu, dont la vénalité et la brutalité sont choquantes dans presque toutes les séquences, et tandis qu'il découvre de plus en plus de cadavres en ouvrant illégalement des portes - comme d'habitude dans ce genre d'histoire - le regard de Franco Nero s'approfondit vers le bleu profond soit pour une parcelle d'humanité inattendue soit pour une nouvelle plongée dans la folie.
Le contraste le plus fort avec les standards est une séquence à l'idée scénaristique et visuelle extraordinaire : pour faire peur à sa passagère et la faire parler, il utilise sa propre voiture comme une "roulette russe" (il le dit lui-même) : il conduit vite et mal de manière démente dans trois séquences de prise de risque routier et suicidaire qui vont crescendo. Cela définit mieux que tout le reste la composante psychopathique du personnage. Voilà une inversion de la classique poursuite en voitures des bons et des méchants qui ne manque pas de panache. (Il y a dans Le Point de Non Retour, de 1967, sorti deux ans auparavant, une séquence mémorable, peut-être inspiratrice, où Lee Marvin secoue son passager avec les soubresauts de sa voiture pour le faire parler mais elle diffère en ceci que le chauffeur ne court aucun risque).
En cohérence complète avec ce scénario et cette atypicité du personnage, le montage est hyper nerveux, comme passé au hachoir, avec des scènes très courtes, qui paraissent se heurter, se télescoper ou se couper avant leur fin, mais cette récurrence étonnante est un choix, et à mon avis elle illustre bien la frénésie du détective appâté par la recherche d'informations cachées qui lui apportent un gain rapide et qui n'ont pas besoin pour lui d'être soupesées et évaluées à l'aune des morales encombrantes de la loi, de la justice et de la compassion.
En découvrant ce film, on voit qu'il a provoqué plus de ressentiment et de dépit que d'enthousiasme chez les critiques, sauf celle de DVDClassik, que je recommande pour son exhaustivité : https://www.dvdclassik.com/critique/executions-un-detective-guerrieri