Exit 8
6.2
Exit 8

Film de Genki Kawamura (2025)

Le concept des Backrooms a été vu et revu, exploité jusqu'à la moelle depuis la photo originelle qui a lancé le mythe, jusqu'aux jeux vidéos en passant par les multiples interprétations de cette creepypasta d'horreur sur Internet.

Aussi, comment se renouveler et adapter un concept de couloirs clos et répétitifs au format du long-métrage ? Exit 8 a réussi le pari de développer quelques idées intéressantes pour susciter un intérêt malgré quelques longueurs, et brasse large entre néophytes et connaisseurs de l'univers des Backrooms.



Le lieu, tout d'abord, ne nous réenferme pas dans l'habituel espace jaune, mais dans des couloirs de métro, endroit propice au parallèle entre la boucle temporelle que subit l'homme perdu et la boucle quotidienne que vivent les personnages à l'extérieur entre métro et travail, finalement pas si différente. Ce que mentionne d'ailleurs l'inconnue avec sa phrase "chaque jour, tu vas dans un métro bondé etc" répétée à la Shining. Les couloirs sont suffisamment travaillés pour faire survenir des anomalies variées, mais assez sobre pour conserver le côté répétitif et commun.

J'ai vu - suis-je le seul ? - dans l'asthme du personnage une référence sans doute involontaire à la toux qui s'empare des vagabonds pénétrant dans les backrooms, surtout mise en avant dans les excellents courts-métrages de Kane Pixels...


Concernant les prises de vue, le film jongle habilement entre vue subjective pour nous faire entrer directement dans le malaise du couloir de métro infini, et objective, en naviguant en plus entre les protagonistes, ce qui donne du peps au scénario. La lenteur des mouvements de caméra renforce l'angoisse et le suspense de ce que cache le prochain tournant. La musique et les sons sont également bien mis en avant pour ajouter de l'angoisse ou du sens, comme cette introduction par le Bolero de Ravel, d'une répétitivité faisant écho au visuel. Les anomalies vont du détail à l'incident carrément flippant (eau déversée, encore en clin d'oeil au sang dans Shining ?). Le film réussi à nous habituer au schéma mais pas à ce qui va venir nous surprendre.


Tous les ingrédients esthétiques du film d'horreur psychologique sont là, mais le film ne prend pas tant le parti horrifique (malgré quelques screamers), mais inclut plutôt le spectateur à la réflexion du personnage. On cherche avec l'homme perdu les anomalies, on lui dit en notre for intérieur "mais fais demi-tour ! ne perds pas de temps !", on joue presque le jeu.


Concernant le sens, le film a pris le parti de donner à cet espace liminal le sens métaphorique des doutes de la vie quotidienne. Le personnage principal, indécis quant à sa volonté d'avoir un rôle de père, erre dans ce "purgatoire" labyrinthique jusqu'à rencontrer un enfant qui va lui apporter la réponse. Pourquoi pas. Malgré l'idée un peu niaise du "on est tous perdus dans les chemins de la vie", ça reste simple et efficace.


La fin du scénario est du reste assez prévisible :

On se doute que l'homme perdu finira par sortir en devant revivre la scène du métro bondé, et qu'il devra décider à nouveau s'il agit face aux insultes à l'encontre de la mère et de son bébé qui pleure. Je trouve d'ailleurs dommage que le dernier plan donne la réponse, et ne laisse pas le film sur la possibilité d'un immobilisme du personnage, pour une interprétation plus large.

En tout cas, en sortant de la salle de cinéma, zigzaguer dans les couloirs sombres qui mènent à la sortie font l'effet d'une continuité du film, c'est assez appréciable.

Naroken
6
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le 18 sept. 2025

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