Avec F1, Joseph Kosinski s’attelle à un défi de taille : capturer l’essence de la course automobile sans se perdre dans l’écume des moteurs ni se contenter du vernis spectaculaire. Ce qu’il signe ici n’est pas une simple chronique de bolides vrombissants, mais une tentative sincère — quoique parfois incomplète — de scruter les hommes derrière les casques, d'explorer ce que la vitesse révèle de leurs failles, de leurs fêlures, de leur humanité.
La grande force du film réside sans doute dans cette ambition narrative : creuser les trajectoires intimes des personnages au-delà du circuit. Certes, le résultat laisse par moments un goût d’inachevé — les figures entrevues mériteraient parfois davantage de chair, de silences, d’ambiguïté — mais l’effort de les faire exister en dehors des stands demeure palpable et louable.
Visuellement, F1 est un écrin. Kosinski, fidèle à son sens du cadre précis et à sa direction photographique élégante, offre de véritables respirations esthétiques : plans aériens suspendus au fil d’un virage, visages en sueur captés dans la tension de l’instant, reflets métalliques baignés de crépuscule. L’ensemble bénéficie d’un montage souple, fluide, qui refuse le hachage frénétique habituel des films de sport. Le rythme épouse la nervosité des circuits tout en laissant le temps d’habiter les enjeux.
Mais à trop vouloir capitaliser sur une grammaire visuelle répétée — travellings enveloppants, ralentis emphatiques, contre-jours savamment dosés —, la mise en scène finit par tourner en rond. Passé le Grand Prix de Monza, sommet dramatique et cinématographique du récit, l’élan semble s’essouffler. Les courses suivantes peinent à retrouver la même intensité, comme si le film avait tout donné trop tôt, comme si son moteur, trop bien huilé, manquait soudain d’imprévu.
Il n’en demeure pas moins que F1 est une œuvre digne, ambitieuse, menée avec sérieux et une forme de pudeur rare dans le genre. Si elle n’atteint pas toujours la profondeur qu’elle convoite, elle a le mérite de la chercher — et cela seul suffit à en faire un film à saluer.