F1 pose une question d'orde philosophique dans le fond. Tout comme la question qu'on peut se poser sur la F1 qui est "qu'est-ce qui est le plus important le pilote ou la voiture ?". Alors au cinéma la mise en scène c'est le découpage ou le montage ?
Bien. Kosinski à t'il fait de la bonne mise en scène avec son film ? Nous allons principalement nous concentrer sur les scènes d'action car on sent que l'homme est bien plus intéressé par la machine que par l'homme. Enfin, il a surtout envie de filmer des pilotes confronter au bitume de la piste en train de survivre. Puis, soyons honnête, la structure purement typique du cinéma de Bruckheimer/feu Don Simpson, ne vise qu'à créer une base solide mais on ne peut plus random, pour en prendre plein la vue.
La course-poursuite et le mouvement donc. On imagine bien Kosinski avoir une vingtaine de cadreur, des dizaines de micro-caméra intégrés quelques drones et quelques fonds verts par-ci par la. Soit, et bien des axes, beaucoup d'axe de caméra. Au final, difficile de se demander dans le fond quel est la différence entre la façon de filmer ici et celle que l'on peut voir à la télévision (Kovinski était probablement dans un camion remplis de retour image, tel un réalisateur TV d'événements sportifs). La réponse finalement n'existe que parce qu'il y a le montage.
Hormis, la présence de Brad Pitt, toute la force du film repose ici : la grammaire visuel ne se renouvelle que très peu au long du film, il s'agit globalement d'un découpage ressemblant plus à une émission TV, avec les caméras embarqués, qu'à un véritable travail de cinéaste. Étrangement le plan le plus impressionnant du film n'est autre que celui ou le nom de Kosinski va s'afficher (un long mouvement de drone partant d'un plan large de paysage à un quasi gros plan sur un chauffeur). Dire que Koskinski est un grand cinéaste visuel me parait donc être surfait.
Mais c'est grâce au montage que les scènes de pilotage prennent toute leurs forces. Bien que n'étant pas un expert de la F1 (j'ai du me retourner 2-3 fois vers ma comparse de séance bien plus calée que moi dans le domaine surpris de voir que c'était possible de faire tel ou tel chose etc.) les peu d'images que j'ai vu ne donnent pas une impression de vitesse. Car la réalisation TV vise avant tout à suivre une course, ce qu'on peut qualifier de point de vue "objectif". En se centrant sur les points de vue des 2 pilotes et leurs équipes, on arrive à un montage "subjectif". L'enchainement de plans à vitesse grand V permet de simuler les sensations des personnages. On ressent la vitesse, les coups de volants, les fracas etc. Ayant bien retenu la leçon de George Miller, ce montage frénétique reste totalement lisible grâce au fait de mettre l'objet du plan au centre du cadre (ainsi le cerveau à le temps de mémoriser l'info sans effort).
Bref, c'est amusant et assez osé lorsqu'il s'agit d'unifier les 2 partenaires pourtant rivaux : split-screen (oui faut oser de caler un split screen de nos jours dsl Coco mais on sait que tu as des gouts bizarre) ou enchainement de cut tout simple et pourtant qui est une grande idée de cinéma : une succession de plan sur les visages des pilotes dont les raccords se font grâce aux placements de leurs gants devant leurs visages ! La fluidité de ces coupes (alors que les raccords des scènes de courses sont généralement d'une grande brutalité) traduit parfaitement cet unité.
Enfin, la question que l'on pose au personnage de Brad Pitt est de savoir pourquoi il pilote. La réponse ne nous l'est pas donné par les dialogues mais lors de la toute fin, lors du dernier tour de piste : la grâce. Seul un champ-contre champ entre le gros plan de Pitt, et une caméra simulant sa voiture à grande vitesse, existe désormais. Le silence, le pilote et la route. Plus rien d'autres n'existent. Et c'est ainsi que ce simple enchainement de plan devient peut-être l'une des plus belles idées sur la F1 depuis les expérimentations plastiques de Speed Racer des Wachowskis (modèle caché de F1, le film).
Au final, il n'y a peut-être pas de bonne ou de mauvaise façon de mettre en scène. Seul la grâce compte.