F1 est l'archétype du divertissement bien branlé, honnête, mais qui n'a pas réellement de raison d'exister. C'est un film de bagnoles "à l'ancienne", qui brille par ses scènes de courses haletantes et remarquablement bien rythmées et mises en scène, mais n'a pas grand-chose d'autre à offrir.
Que ce soit le son, l'image, ou le casting, tout est... compétent :
♦ La réal est efficace malgré un étalonnage Netflix sans contrastes ni relief, qui ne dérangera qu'une petite minorité de nostalgiques de l'époque où les films étaient fait pour être vus dans les salles obscures, et pas sur un second écran dans le salon.
♦ Brad Pitt est cool, charmeur et ses dents sont beaucoup trop blanches. Le reste du casting est anecdotique mais personne n'est spécialement mauvais. Javier Bardem est scandaleusement sous exploité.
♦ L'OST de Zimmer évoque la plupart des OST héroïques interchangeables de Zimmer. Elle est typiquement faite pour se fondre à l'action et ne jamais être écoutée en dehors du film. S'il y avait la moindre mélodie entre les nappes d'instruments synthétiques, je ne l'ai pas remarquée.
L'écriture est compétente aussi, mais toujours sage et scolaire, et se distingue principalement par la superficialité de ses personnages. Tous sont uni-dimensionnels et sortiront grandis de l'aventure, sans susciter une once d'intérêt ou de surprise, tant leurs arcs sont vus, revus et attendus :
• Brad est un vieux briscard qui n'écoute personne et va apprendre à travailler en équipe.
• Kerry Condon veut prouver qu'elle est compétente et le prouvera, en plus de croquer un morceau de Brad le temps d'une romance aseptisée qui ne sert qu'à dévoiler une facette plus intime du héros.
• Damson Idris pensait être le héros, mais c'est juste un petit con égocentrique qui devient un peu moins égocentrique à la fin, mais restera un petit con. Il existe principalement pour mettre en valeur la sagesse du vieux briscard.
• Callie Cooke n'est pas prise au sérieux et le sera un peu plus à la fin, durant ses 40 secondes de présence à l'écran.
• Même chose pour Javier Bardem qui méritait mieux que ça.
• Tobias Menzies joue un méchant de Disney.
(Disclaimer : je ne connais rien à la F1, ou à l'automobile en général)
Dès que le film touche le bitume, on oublie tout ça, car c'est là que F1 prend toute son envergure. Ses courses sont intenses, pleines de rebondissements et de surprises. Tout est cadencé, filmé et écrit pour vous faire frétiller sur votre siège, et je reconnais le talent que Joseph Kosinski avait déjà dévoilé dans Top Gun Maverick. Le bougre confirme qu'il sait mettre en scène des bolides absurdement rapides et des évoquer la magie d'un Hollywood révolu, avec ses sentiments exacerbés et son premier degré assumé, sans le cynisme ou les propos méta qui sont devenus coutumiers dans le blockbuster moderne.
Top Gun Maverick faisait exactement la même chose, et si la comparaison est inévitable, elle n'est pas flatteuse. F1 m'a semblé en être une pâle copie et se poser comme la suite tardive d'un film qui n'a jamais existé, avec le retour du "mythique Sonny Hayes" dont on avait jamais entendu parler.
Maverick avait pour lui l'atout nostalgique du film de Tony Scott, mais surtout une performance bien plus intense et émotionnellement chargée de Tom Cruise, comparé à Brad Pitt qui distribue les sourires Colgate d'un personnage tellement détendu que j'avais du mal à me sentir impliqué.
J'ai ressenti F1 comme un produit formaté qui suit le cahier des charges du 'Vintage-feeling action hero classic', et vu le succès critique et commercial qu'il a obtenu, on risque d'en voir un paquet d'autres pour bien essorer la formule.