Classique d'animation Disney N°3: Fantasia (1940)
Si un film tel que Fantasia a un jour été possible, c'était à une époque où Walter Disney avait pour ambition de proposer à son public une véritable œuvre d'art plutôt qu'un divertissement. Cette noble pulsion démiurgique ne fut gère comprise. Ni du public, qui bouda l'expérience au cinéma (même si le peu de salles diffusant Fantasia en 1940 explique en partie cette désaffection), ni des experts musicaux qui grincèrent des dents en entendant de grands classiques quelque peu triturés pour correspondre aux volontés narratives du film.
Seul le monde du cinéma reconnu le génie latent de cette construction chimérique, tentative d'art total, où musique, danse, peinture, paléontologie et mythologie se lancent dans une vaste orgie d'une insolente énergie dont nous avons déjà soufflé les 80 bougies !
Dans cette ébullition artistique, difficile de tout valider. D'être happé par chaque moment. Mais ce n'est peut-être pas le but. Au spectateur de piocher ce qui lui parle.
En ce qui me concerne, je ne suis pas trop fan de l'abstraction de la première séquence, ni de la parodie grotesque de ballet, qui m'a semblé trop longue. Tout le reste m'a surpris par la diversité des visuels et des émotions suscitées: des purs moments de poésie (la sarabande des fées, véritable éclosion de tendresse lumineuse), du cartoon (l'apprenti sorcier, évidemment culte), du réalisme quasi-documentaire (tout le passage sur les dinosaures, j'étais bouche béé) et de l'horreur avec Satan (ou Chernabog, selon les sources) et les esprits démoniaques dans la scène finale (incroyable de voir ça dans un Disney !).
C'est d'une créativité sans égal, c'est osé, original, d'une grande fraicheur après plus de 80 ans ! Alors, certes, ce n'est pas un "film" qu'on regarde pour se divertir mais c'est une véritable expérience symphonique à tenter au moins une fois pour mieux comprendre la genèse de l'art disneyien !