Alors que son deuxième long-métrage d’animation, Pinocchio, est en pleine production, Walt Disney cherche à donner corps à un projet ambitieux, dont le but serait de faire (re)découvrir la musique classique à son public. Un projet radicalement nouveau, puisque si certains courts-métrages des Silly Symphonies utilisaient des thèmes classiques connus, ici, ce sont les courts-métrages qui sont mis au service de la musique, le chef d’orchestre Leopold Stokowski enregistrant la musique avec l’Orchestre de Philadelphie, puis envoyant aux studios Disney la bande sonore afin que les animateurs l’illustrent. Et ils l’illustrent de main de maître, nous offrant encore une démonstration époustouflante de leur génie créatif à travers différents tableaux hallucinants de génie créatif.
Des graphismes frôlant la perfection aux récits d’une inventivité et d’une poésie éblouissantes, c’est peu dire que Fantasia éblouit 2 heures durant, d’autant que les choix musicaux sont particulièrement judicieux, magnifiant les œuvres de Bach, Tchaïkovski, Dukas, Beethoven, Ponchielli, Moussorgski Schubert et même - miracle du cinéma ! - Stravinski, son atroce Sacre du printemps, certes toujours aussi laid musicalement, se trouvant néanmoins compensé en partie par les superbes images et l’incroyable tension dramatique dont font preuve les animateurs Disney.
Oscillant entre la poésie, le burlesque et l’horreur, c’est en tous cas peu dire que Fantasia en offre pour tous les goûts, et il faudrait être vraiment mal luné pour refuser un voyage aussi fascinant dans les contrées trop délaissées aujourd’hui de la musique classique, nous rappelant que de tous les genres musicaux que l’homme ait connu, elle est sans nul doute le plus éternel et le plus universel. Car la musique classique n'est pas qu'un art, elle est aussi un langage, et le plus universel des langages. Elle fait partie de cette forme d'art si rare et si complète qui parle à l'âme autant qu'à l'imagination. Comme le cinéma de Walt Disney, en somme !