Quelles sont les deux montagnes qui se font face dans ce fjord norvégien ? D’un côté, l’intégrisme religieux d’une famille roumaine immigrée, et de l’autre, la communauté d’un village norvégien, incarnation d’un État parmi les plus progressistes au monde, convaincu de son pouvoir d’intégration.
Mais lorsque cette même institution cherche à protéger les enfants à la suite d’une suspicion de violence, les deux mondes et leurs valeurs incompatibles font face à leurs hypocrisies respectives.
Mungiu choisit de nous désaxer volontairement des enfants, pourtant au cœur du sujet. On finit par se désintéresser de leurs émotions et de leurs états d’âme, alors que ce sont eux qui naviguent littéralement dans ce fjord. C’est bien chez eux que s’opèrent les transformations les plus importantes : un cadre pour l’adolescente turbulente, davantage de liberté pour ceux qui en sont privés.
Son point de vue divisera, puisqu’il épouse largement celui de la famille roumaine. Mais son constat final est sans appel : alors qu’une justice impartiale semble mener vers le compromis, certaines lignes paraissent infranchissables pour la religion.
SPOILER : Lorsque le père Gheorgiu (Sebastian Stan) découvre les sentiments amoureux de sa fille pour son amie Noora sur leur terrasse, il prend la décision immédiate de fuir le pays. Cette intrigue parallèle pourrait même expliquer les bleus injustifiables, possiblement causés par une querelle amoureuse entre les adolescentes (notamment avec une ancienne petite amie très virulente, que l’on ne reverra plus du tout par la suite).