Comment peut-on qualifier de non-manichéen un film avec pour unique point de vue, celui d’une famille de cathos dite traditionnelle, présentée comme de bons samaritains vivant simplement leur vie sans faire chier personne, et se retrouvant aux prises avec un appareil d’État kafkaïen, les menaçant de prison pour quelques “petites fessées” sur leurs bambins ?
Rien n’est fait pour contrebalancer cette position victimaire. Chaque représentant de l’État se montre odieux à l’égard de la brave petite famille, ne cesse de ramener le débat sur leurs croyances personnelles, et monte en épingle des faits que l’on sait être anodins. Le seul tort des parents (la fessée) est complètement minimisé. Aucun personnage pour rappeler son impact bien réel sur le développement d’un enfant en bas âge, et les parents étant uniquement poursuivis pour des coups et blessures qu’ils n’ont jamais reconnus, on aura vite fait de considérer cette indignation légitime à la fessée, comme une simple pudibonderie de nos sociétés progressistes.
Parce que c’est bien cela, la cible du long-métrage.
Vous pouvez être en accord avec certaines de ses positions, mais difficilement nier le parti prit manifeste de son réalisateur. Cela reviendrait à qualifier Bac Nord de nuancé, sous prétexte que ses personnages commettent des bavures, alors que tout le film ne cesse de justifier leur comportement.
Moi-même, je reconnais que dans nos sociétés occidentales, il y a effectivement de grosses discriminations envers certaines personnes issues de minorités étrangères ou religieuses. Certains sous-couvert de laïcité, ne seraient pas contre l’idée de bannir telle croyance jugée contraire à notre République et d’imposer ses valeurs à tout le monde, ce au mépris des libertés individuelles, garantissant à chaque individu sa liberté de culte et de pensée.
Le débat mérite d’être posé, mais Mungiu le fait de façon malhonnête.
Car la maltraitance n’est pas une liberté individuelle, ça même le film en convient. Par conséquent, lorsqu’on voit une fille couverte de bleus et incapable d’en expliquer la raison, il est normal d’en avertir les autorités et d’ouvrir une enquête.
Après, je ne sais pas si une semblable affaire a déjà eu lieu dans la vraie vie, mais pour qu’une telle erreur judiciaire soit possible, il a fallu que, outre les préjugés du personnel, on fasse reposer la mise en examen sur une potentielle faute d’anglais de la part des enfants. Faute qui n’est jamais questionner par les agents, alors qu’il suffisait de demander aux concernés pour dissiper tout malentendu.
Peut-être que l’État norvégien a effectivement une vraie dent contre les catholiques, ce qu’on peut avoir du mal à conscientisé en tant que français ; mais j’ai quand même l’impression que Mungiu a prit en exemple LE CAS bien spécifique qui lui permettait de mettre à mal le système.
Parce que oui, à travers cette histoire, c’est tout le système lié à la protection de l’enfance qui est mis en cause. Dès l’instant où l’on perçoit les accusés comme innocents, on ne pourra que s’indigner contre cette procédure abusive, confisquant leurs gamins et les obligeant à suivre de stupides stages de sensibilisation à la violence. Mais prenez un peu de recul. Si ces personnes étaient coupables, vous trouveriez ça parfaitement justifié. Et sur les multiples signalements reçus par les services sociaux, combien ont permis de protéger des enfants de parents violents ? Combien encore n’ont pas la chance d’être pris en charge et doivent rester dans un environnement toxique jusqu’à leur majorité ?
Si de telles mesures ont été prises, c’est peut-être parce que la situation l’exigeait, et si le film en critique les failles (sur la base d’un exemple pas forcément représentatif de quoi que ce soit d’ailleurs) que propose-t-il à la place ? Quel est in fine, la portée de son message, si ce n’est de dénoncer une société surprotectrice, prête à garder coûte que coûte le contrôle sur sa jeunesse, quitte à supplanter l’autorité naturelle de ses parents.
Encore une fois, ce n’est pas la discrimination administrative ou le dévoiement de la laïcité qui sont mis en cause, mais bien la société progressiste, perçue comme une nouvelle forme de totalitarisme. Ce qui est assez paradoxale vu comment les plus progressistes sont régulièrement taxés d’islamo-gauchistes dans le débat public.
Fjord, c’est du pain béni pour tous les cathos d’extrême-droite et, quand on voit ce qui arrive au personnage de Sebastian Stan lorsqu'il médiatise son affaire dans le film ; il ne serait pas étonnant qu’ils finissent par utiliser cette histoire comme porte-étendard de leur combat civilisationnel.