Fjord est un film éminemment politique, qui nourrira les débats sur bien des aspects. C'est d'abord cette atmosphère tout comme cette esthétique froide en tout sens, que la palme d'or 2026 nous invite à la remise en question.
Le film est nourri par cette idée de limite juste, d'équilibre. La place de la justice d'ailleurs, avec ce procès, tout en réalisme, invoque efficacement toutes les complexités de ce drame sociétal/familial, et chacune des responsabilités, entre d'un côté, un système norvégien brut, et bien plus imparfait qu'il n'y paraît, et de l'autre, une famille conservatrice qui peine à remettre en question des principes durs. Il y a comme des échos d'Anatomie d'une chute, dès qu'on voit cette famille confronté au procès, écrasé par la justice.
C'est donc cette idée de justice qui rythme l'histoire. Qu'est ce qu'il faut faire ? Qui faut-il croire ? Que faut-il croire ? C'est quoi frapper pour nous, pour eux ? Quel système est le bon ? Quelle famille est la bonne ? Quels valeurs doivent triompher? Au fond, sans répondre à ces questions ô combien déjà approchées dans le cinéma, le réalisateur roumain nous oblige à saisir toutes les réalités du film, loin de nos clichés et de nos opinions personnelles. La tolérance des valeurs des autres, et le respect en est la clé, celle qui permettra à nos sociétés, une fin un peu moins triste que ce retour au pays, cet échec.
Gros coup de cœur pour la performance de Renate Reinsve, dans ce rôle de mère exilée dans son propre pays. Le discours politique est d'une pertinence et d'une lucidité magistrale, qui continuera personnellement de me faire réfléchir. Le tout couvert par une ambiance d'une grande froideur, qui s'intensifie du début à la fin, articulés par des dialogues révélateurs, autant que les silences, et qu'une mise en scène qui parle à elle-seule.
Il faudra réfléchir à ce film, dans une société qui ne cesse de se polariser un peu plus. Il faudra y réfléchir pour éviter ce qu'eux n'ont pu éviter. L'avalanche.