Problème norvégien : un petit village fait preuve d’ouverture et de bienveillance en accueillant chaleureusement une famille étrangère. Sauf que la culture de ladite famille se révèle à l’opposé du modèle local. Que faire ? En d’autres termes, le progressisme doit-il imposer ses valeurs ou respecter celles des autres ? La tolérance s’applique-t-elle au pire du conservatisme religieux ? Autant de questions épineuses qui grattent la gauche et qui méritent d’être posées. Mais ceci étant dit, le désormais double palmé Cristian Mungiu, s’il prétend poser les bases d’un débat de société, fait preuve de malhonnêteté.
Le nœud de Fjord s’articule autour des méthodes d’éducation de la famille roumaine, considérées d’un autre âge aux yeux de la société norvégienne. Mais le débat, notamment autour de la fessée, apparaît très vite faussé. La mise en scène de Mungiu, aussi élégante soit-elle, prend fait et cause pour ses compatriotes. A-t-il posé sa caméra en Norvège pour y dénoncer les dérives d’une certaine gauche - osons le dire tout de suite - “wokiste” ?
Dès lors que tout laisse à penser que les fameux coups incriminés n’ont pas été donnés, Mungiu clôt le débat que son film tentait d’ouvrir. Il n’y a qu’à voir comment la politique de protection des enfants jusqu’au-boutiste des norvégiens est caricaturée, tandis que la famille chrétienne nous est présentée comme victime d’une machination politique intolérante. L’empathie prend ici une direction à sens unique, celle des deux stars castées pour ce film : Renate Reinsve et Sebastian Stan, dans le rôle des parents roumains victime d’une machination politique. Fjord fait mine de ne pas prendre parti, mais il oppose la radicalité de l’enlèvement d’enfants de l’État à celle de la fessée des parents. Autant dire qu’il n’y a pas match. Ainsi, d’une réflexion sur les politiques progressistes, Fjord ne ressemble plus qu’à une dénonciation de celles-ci. Un backlash dont l’actualité se serait bien passée.