Un enfant porte des bleus.
C'est tout.
Quelques marques sur un corps.
Mais dans Fjord, cela suffit pour faire exploser une famille entière.
D'un côté, Mihai et Lisbet.
Un couple profondément religieux.
Des parents stricts, méfiants envers le monde moderne, convaincus de savoir ce qui est bon pour leurs enfants.
De l'autre, les institutions norvégiennes.
L'école.
Les services sociaux.
La justice.
Eux aussi sont convaincus de savoir ce qui est bon pour ces enfants.
Et c'est là que Cristian Mungiu fait quelque chose de beaucoup plus inquiétant qu'un simple film sur la maltraitance.
Parce que Fjord ne demande jamais seulement :
Qui a tort ?
Il pose une question plus dangereuse.
Que se passe-t-il quand tout le monde est persuadé d'agir pour le bien ?
Les parents parlent de protection.
Les institutions parlent de protection.
Les deux camps utilisent presque le même mot.
Mais ils ne parlent absolument pas de la même chose.
Pour les Gheorghiu, protéger leurs enfants, c'est les tenir à distance d'un monde qu'ils considèrent comme dangereux.
Pour l'État, les protéger, c'est peut-être justement les arracher à cette famille.
Alors les enfants disparaissent presque derrière une guerre d'adultes.
Et plus chacun veut les défendre, moins personne ne semble réellement capable de les écouter.
C'est toute la force de Fjord.
Mungiu refuse le confort du méchant évident.
La famille peut être étouffante.
Rigide.
Parfois inquiétante.
Mais les institutions ne deviennent pas pour autant automatiquement rassurantes.
Elles observent.
Évaluent.
Décident.
Et cette mécanique administrative finit elle aussi par produire sa propre violence.
Le fjord devient alors bien plus qu'un décor.
Un espace magnifique, mais enfermé entre deux parois.
Comme cette famille.
Comme cette société.
Comme un monde où chacun regarde l'autre avec la certitude d'avoir raison.
C'est peut-être là que Fjord devient le plus dérangeant.
Il ne raconte pas simplement le choc entre le conservatisme et le progressisme.
Il montre ce qui arrive quand ces deux mondes ne possèdent même plus un langage commun.
Alors ils ne discutent plus.
Ils se jugent.
Et quand tout le monde prétend protéger les enfants...
le danger, c'est peut-être qu'ils deviennent les seuls à ne jamais avoir leur mot à dire.
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