Pour ma rentrée ciné, je ne pouvais pas passer à côté de la fameuse Palme d’Or. Le projet s'annonçait hyper costaud : s'installer dans un petit village norvégien pour suivre l'engrenage dans lequel plonge la famille Gheorghiu, soupçonnée de maltraitance sur leurs enfants.
Il faut reconnaître au film une immense qualité : sa neutralité. Cristian Mungiu ne cherche jamais à faire du sentimentalisme ou à désigner des gentils et des méchants. Il pose son objectif et décortique avec une vraie minutie la collision entre deux mondes. D'un côté, une éducation traditionnelle et religieuse ; de l'autre, le système social norvégien, très protecteur mais aussi très rigide. La seconde partie, centrée sur le procès, s'avère à ce titre super captivante. Le film nous pousse à nous interroger sur des sujets très actuels : où s'arrête la liberté des parents ? Jusqu'où la collectivité peut-elle s'immiscer dans la sphère privée ? Et comment nos démocraties gèrent-elles les vraies différences culturelles ?
Mais le vrai souci du film réside dans sa forme, beaucoup trop austère pour créer une vraie émotion. Avec 2h20 au compteur, la première moitié paraît interminable. Le réalisateur multiplie les plans-séquences très fixes et s'attarde sur le moindre détail administratif ou procédural, ce qui casse complètement le rythme. À force de rester neutre et de vouloir tout analyser à froid, il met une distance énorme entre l'écran et nous : les personnages sont tellement froids qu'on n'arrive à s'attacher ni aux parents, ni aux voisins, ni aux travailleurs sociaux.
En sortant de la salle, le constat est mitigé. On ne peut pas nier l'intelligence du sujet ni la qualité globale du jeu d'acteurs, mais l'expérience de visionnage reste particulièrement pesante. C'est un film qui alimente de supers débats après la séance, mais devant lequel on passe quand même un sacré moment à trouver le temps long.