Une famille roumaine s'installe dans un petit fjord de Norvège, pays natal de la mère. Les enfants entrent à l'école. Très vite, des enseignants remarquent des coups sur l'un d'eux. Le corps enseignant alerte la protection de l'enfance, non sans quelques préjugés, la famille pratiquant un catholicisme assez rigoureux. Les enfants sont rapidement placés en famille d'accueil, et s'engage alors une bataille juridique et administrative des parents pour les récupérer.
Par la sobriété de sa mise en scène, le réalisateur restitue bien le malaise qui traverse nombre de scènes. Le film frappe fort dans sa première partie par la force des événenements qui frappe la famille. Un malaise au fort pouvoir dramatique, car l'arsenal déployé pour arracher quelques larmes est loin d'être subtil : les enfants, et surtout, comble de l'émotion, un bébé. Difficile de rester insensible quand l'enfance sert ainsi de carburant à la dramaturgie : voir un bébé arraché à sa mère, la voir tirer son lait pour un enfant qu'elle ne voit plus, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus, comme pour matérialiser tout ce temps de croissance qu'elle manque. Par les enfants, le réalisateur gagne le spectateur à sa cause.
« Avez-vous des enfants ? », demande le père de famille lors de son procès. La question semble diriger le film autant que les réactions du public. Autour de moi, les parents sont acquis à la cause de la famille ; les personnes sans enfants, plus critiques, y voient volontiers un odieux film de droite. Faut-il être parent pour apprécier le film ? La parentalité pousserait-elle à entrer en connivance avec cette famille, aussi traditionaliste soit-elle ? Le film semble trancher lui-même la question : tous les opposants à la famille roumaine sont, comme par hasard, célibataires et sans enfants. À l'inverse, elle reçoit des soutiens du monde entier, notamment des États-Unis — tradi par essence. Il y a donc cette idée que la parentalité ne peut être comprise que par le biais de son expérience.
Le réalisateur voudrait jouer la carte du dilemme grinçant, se placer au-dessus de la mêlée en renvoyant dos à dos gauchistes et droitards, chacun empêtré dans ses contradictions. Le film abandonne rapidement la question des préjugées et racisme pour plonger dans une défense des parents, évacuant aussi tout mystère sur les possibles agressions des enfants. Les bleus sont dus à des camarades et les gestes des parents à de simples petites corrections à l'ancienne. L'idée devient alors : l'hyper protection de l'Etat est la vaie maltraitance. La famille devient donc un victime claire. Ces bonnes personnes qui se jettent à l'eau pour sauver des petits vieux sont en fait les vraie victimes. A force de montrer la famille roumaine comme victime d'une politique norvégienne « wokiste » le soulèvement populaire contre elle, le portrait à charge du procureur, le film finit par pencher franchement du côté conservateur, l'État n'ayant pas à s'immiscer dans la vie des gens. Toute nuance s'efface progressivement, et l'on ressort du procès avec cette idée simple : les cultures et les lois, quand elles diffèrent trop, seraient tout simplement incompatibles. Au final, par la contrition du père lors du procès, le film laisse sur cette idée que le bon migrant doit être celui qui se plie à la culture locale.