Bon, j'avoue avoir été averti que ce film était un récit réactionnaire qui n'était pas très "woke". Mais j'ai quand même tenu à le voir parce que parfois, soit les rumeurs sont mauvaises, soit elle sont juste fausses. Par exemple, le film BAC Nord est décrié à tort d'être un mauvais film, pro-flic certes, mais ça reste un bon film dans son traitement parce qu'il assume de suivre le point de vue des policiers concernés.
"Fjord" fait l'inverse total, Christian Mungiu prétend publiquement en interview "réaliser un film contre tous les fondamentalismes" et surtout se considère impartial, il se juge au dessus de tous ces débats et traite le film sans avoir d'opinion. C'est encore une fois un mensonge comme tous les films dits "impartiaux", un film ne peut pas être impartial dans la mesure ou il suit une vision.
Ce film en est un bon exemple. On suit donc un couple d'immigrés roumains conservatistes dans une société norvégienne très progressiste, ayant 5 enfants, et qui porte une éducation plus que stricte, punitive, et fortement pieuse. Les versets bibliques sont les règles de la maison, et les enfants sont montrés comme régulièrement punis. Paradoxalement, il y a dans les dialogues de la part du père un véritable aveu d'amour pour ses enfants et que la religion doit être omniprésente dans leur vie.
L'aide à l'enfance va saisir les enfants après des témoignages de violences au sein du foyer. Mais si je dois décrire le film, l'Aide à l'enfance arrache les enfants à leur mère dans un déchirement total pour des futilités. La responsable de l'Aide à l'Enfance est vraiment méchante, digne d'un Disney Classique, Mungiu vient presque nous expliquer que ces gens ont pour hobbies et pur plaisir d'aller déchirer des familles.
Je fais un bref rappel, en Norvège c'est 1 enfant sur 3 qui exposé à des violences au foyer familial (des premières violences jusqu'au pire). Et dans le monde c'est 1 enfant sur 2. L'Aide sociale à l'enfance en Norvège comme en France a pour mission quotidienne de mettre fin le plus possible à cette statistique de la honte. Tous les jours des acteurs se mobilisent pour sauver des enfances gachées, mais ce qu'on choisit de mettre en avant à Cannes avec la Palme d'or c'est un film qui veut nuire à leur réputation. "Oh regardez ces progressistes qui veulent expliquer aux parents comment éduquer leurs propres enfants".
Mais ce qui est insupportable c'est vraiment ce ton pseudo-impartial, avec l'air de faire croire à un film qui se veut comme une réflexion sur les évolutions de notre société contemporaine "avec du recul" "sans chercher à choisir un camp etc...", alors que le film veut surréprésenter des erreurs morales commises par le "camp" des progressistes. Tous les personnages issus de cette position sont représentés comme soit vicieux, bête, ou juste méchants. Ils sont accusés d'imposer leurs valeurs de "bien-pensance", remarquez que c'est toujours mieux de bien penser que de frapper ses gosses. Le film veut paraître parfois dans une posture d'une remise en question du modèle éducatif psychopathe, et je dis bien parfois, pour se donner une fausse nuance du genre "Il faut bien aller chercher les progressistes sinon mon film ne plaira pas". Sauf que ça sonne faux, les scènes où vraiment l'éducation est vraiment montrée comme problématique ne sont pas nombreuses et laisse forcément le spectateur suggérer qu'il ne s'est rien passé et qu'il est injuste que la société se retourne contre eux.
Voilà pourquoi j'ai détesté ce film, parce que c'est mensonger, on veut faire croire que le débat est "Les entristes religieux sont-ils conscients de leur modèle éducatif ?" alors qu'en réalité quand le spectateur sort de ces 2h30 de propagande, le premier débat de ce film qui vient à l'esprit du spectateur est 'N'y aurait-il pas une limite au progressisme ?", et certains à venir remettre en cause le rôle fondamental de la protection de l'enfance au lieu des violences banalisées dans le film, les violences jugées encore "tolérables".
Si on juge l'acting, il est plutôt propre en revanche, Renate Reinsve et Sebastian Stan très justes à leurs habitudes mais dans des rôles caricaturés au possible, on ne croit pas une seule seconde à la crédibilité des personnages et ce n'est pas la faute des acteurs.
Et enfin la réal est très classique, sans prise de risques, fidèle à un cinéma norvégien très posé. C'est creux donc rien à dire.
Bref c'est la Palme d'Or qui vaut le demi-tour...