Difficile de ne pas apprécier un minimum cette nouvelle version du récit, qui en connut tellement et beaucoup de moins inspirées, tant le film de Del Toro est réussi dans sa mise en scène, dans sa direction artistique, dans ses décors, dans sa photographie, dans sa direction d'acteur et sur les deux tiers de sa durée. Dommage que le long métrage du réalisateur mexicain s'effondre complètement dans sa volonté d'arracher du récit de Shelley toute son horreur existentielle, tout son cri de colère et d'épouvante face à l'humanité, toute sa violente déception face à l'homme, à la vie et à Dieu pour la remplacer par une sorte de bienveillance facile, doublée d'une pseudo rédemption qui prend tant à contrepied le cœur du récit qu'elle est parvenue à créer l'effet inverse de celui tant recherché par le créateur du Labyrinthe de Pan avec cette fin,à savoir qu'elle m'a un peu rempli de rage et d'une sorte de désespoir.
C'est d'autant plus étonnant que c' est typiquement le genre de manière de conclure un recit qui devrait en principe me faire hocher là tête d'assentiment et remplir mon petit coeur de ce réconfort qu'on peut trouver lorsque la tendresse humaine apparaît depuis les endroits les plus sombres.
Là ça ne fonctionne pas, parce que ça paraît bien fade face à ce que Shelley propose dans son chef d'œuvre.
Et ça m'attriste, car sans doute a-t-on plus besoin que jamais en ce moment de cette foi, de cette rédemption, de ce petit morceau de chaleur au milieu de notre monde glacé par l'égoïsme, qui se ferme de plus en plus à l'autre et le voit comme un monstre, comme étranger à notre "humanité " afin de le garder éloigné de ce "nous" pourtant pas moins monstrueux.
Sans aucun doute nous avons besoins de tout cela plus que jamais!
Je suis sûr que Del Toro voulait hurler cela à la face du monde avec son film et si je comprends ses intentions comme les sentiments qui animent ce noble cœur, je ne peux m'empêcher de grincer des dents, car il me semble qu'il retire à l'œuvre sa force primale, sa puissance angoissante qui peut bien mieux éveiller les consciences tel un électrochoc qui parcours notre corps, notre coeur et notre âme en nous mettant la nécessaire violente claque dans la gueule suceptible de nous réveiller de la torpeur froide dans laquelle baigne notre humanité, qu'en nous faisant une caresse qui, aussi bien intentionnée qu'elle soit,ressemble plus à un mensonge réconfortant destiné à nous permettre de nous rendormir, la conscience tranquille et le sentiment d'une humanité retrouvée, en oubliant ces cauchemars issus de nous même qui hantent le Frankenstein de Shelley.