J’ai même plus la force de me rouler par terre devant le naufrage complet de ce truc, fatigué de mettre en scène ma consternation attendue devant un spectacle d’une indigence criminelle, visuellement affreux, loupant laborieusement tout ce qu’il entreprend et indigne de ses inspirations. Ça me fait chier parce que je l’aime bien Del Toro, il a l’air tellement sympa. Et c’est peut être parce qu’il est hyper sympa que tout le monde regarde ailleurs les plagiats foirés des cadres de Barry Lyndon qu’enfile à vive allure ce Frankenstein en toc. Et à côté de ça, tout le monde semble chaud patate pour lyncher Luc Besson. Alors je dis pas que le français ventripotent devrait être absout de ses crimes, mais au moins son Dracula tente n’importe quoi, et ridiculise tout ce qu’il entreprend avec un panache évident, surtout lorsqu’il parvient, tel un navigateur de la Guilde en montée d’épice, à replier l’espace et le temps sur lui-même.
Alors qu’ici, c’est juste un ennui profond qui nous engourdit, une somnolence navrée qu’aucun gloussement ne viendra secouer. Pendant des heures. Des heures et des heures à nous expliquer que, eh, attends, et si le monstre, c’était nous ? Enfin, le docteur fou ? Et si la créature, attendez c’est pas piqué des hannetons vous n’allez pas être déçu du voyage, je disais donc, et si la créature ne serait pas, in fine, la véritable victime de cette histoire ? La proposition est audacieuse et la question mérite d’être posée mais désolé Guillermo… La vraie victime de tout ce merdier verdâtre, c’est le spectateur.
Voila, sinon y’a Oscar Isaac. Bon. Et puis y’a aussi Gia Moth à qui on a tricoté des coupes de cheveux rigolotes et qui, transparente, traverse le film en cherchant à se faire oublier. Il y aussi la créature, joué par une sorte de clone juvénile d’Eric Bana. Il ne s'agit pas ici de jouer le puzzle de bidoches, l'étal de viande, le patchwork de morceaux de cadavres que représente le monstre, mais plutôt d'incarner le souvenir que le spectateur garderait de ce qu'il représente : une figure tragique. Et, pour le film, qu'est ce qui incarne le mieux cette idée ? Une sorte d'ado dépressif en montée de testostérone avec la voix qui mue - une figure gothique de collège, ambiance emo/tektonik. Un truc qui peine à accomplir une ambition pourtant bien ringarde. Bref, je jette pas la pierre à Elordi, le pauvre garçon fait ce qu’il peut pour défendre l’indéfendable. Ah oui, attendez, y’a aussi Christopher Waltz qu’on retrouve aussi, sans surprise, dans le Dracula de Besson… Inutile de commenter sa performance, j’imagine que contrairement à nous, il a eu la chance de toucher un chèque sans avoir à voir le film.
Voila voila. Pour le reste c’est grand angle à gogo, c’est toujours raté et très souvent très moche, pénible dans ses velléités picturales que ne parviendra jamais à relever une DA tape à l’œil, puant d'autosatisfaction, mais générique et sans idée… J’ai jamais trop aimé le cinéma de Del Toro, même ses bons films, c’est dire si je souffre devant ses plus mauvais.