Subjugué par la beauté morbide de Frankenstein, je me souviens alors pourquoi Guillermo del Toro est le meilleur cinéaste pour traiter la thématique des créatures à mon sens.
Au travers de sa caméra, la richesse thématique coule des cicatrices du monstre de Frankenstein : tantôt ce sera l'éducation, un autre la spiritualité, sans oublier l'omniscience dangereuse prêtée à la science. Sans jamais s'arrêter, la mégalomanie d'un pseudo-docteur suivie par la croissance d'un humain créé de lambeaux permettent au réalisateur de décanter tous ces thèmes avec une grande précision. Certaines scènes m'ont alors paru quelque peu longues, mais je crois sincèrement en un revisionnage pour saisir toutes les subtilités scénaristiques soumises par Guillermo del Toro.
Au-delà de toute morale, devant le spectacle humain, c'est une immense fresque visuelle aux grandes inspirations picturales qui se dresse face à moi. Avec une photographie grandement soignée, sûrement la plus époustouflante de l'année 2025, le réalisateur rend hommage aux peintures d'époque ainsi qu'aux films contemporains. Ne cachant pas ses hommages, il rejette l'imitation pour faire de l'esthétique élégante de cette période de discriminations et de méfiances envers les différences un cadre particulièrement inquiétant. Derrière la mélodie orchestrale absolument magnifique que signe Alexandre Desplat, ressort un brouhaha de violences exacerbées dans des bains de sang incessants.
Pourtant, certains, touchés par l'humanité bienveillante innée en La Créature, dont toute émotion transcende par le regard bouleversant (et jamais masqué par le maquillage foutrement réaliste) de Jacob Elordi, parviennent à maintenir une pureté sincère dans ce monde décadent. Comment ne pas penser à la jeune femme que porte Mia Goth, resplendissante dans une conception de chapeaux en plume et de robes aériennes, survolant le reste des costumes autant qu'elle surpasse toute aberration sociale que fait naître l'humanité.
Loin d'un spectacle horrifique qu'on pourrait attribuer à tort au mythe de Frankenstein, Guillermo del Toro livre une fable fantastique tant enivrante dans ses visuels que déchirante dans son humanité. Derrière toute la violence et la cruauté dont les humains peuvent faire preuve, se niche une réelle bonté qu'il est indispensable de protéger en dépit de toute différence. Absolument fascinant, tant dans une cinématographie irréprochable que dans un propos d'une immense richesse.