Des Américains pas si badass...

La séquence d'ouverture, aussi sobre qu'esthétique, laisse présager un film qui mise tout sur l'expérience sensorielle, particulièrement pertinente lorsqu'on parle de films de guerre. Et il y a quand même un peu de ça, même si Fury ne retrouve jamais vraiment la grâce de ces premiers instants. La mise en scène est soignée, la photographie souvent superbe. Mais il ne faut pas être allergiques aux ambiances dépressives. Car avant d'être un film sur la furie, l'oeuvre de David Ayer est avant tout une réflexion désillusionnée sur la guerre. Oui, une de plus, mais cessez de vous plaindre...

Le temps n'est que grisaille et humidité. Tout est en permanence sale et englué. Les personnages semblent constamment sur le fil du rasoir que ce soit "Coon-Ass" (interprété par le très bon "Shane" de Walking Dead) qui de toute évidence n'attend qu'un prétexte pour égorger ou baiser quelqu'un (ou les deux en même temps), ou la pleureuse "Bible" interprété par un Shia LaBeouf plus tête à claques que jamais mais néanmoins à fond dans son rôle. Même Brad Pitt vacille régulièrement, et il le fait bien. En fait, le malaise est tellement constant qu'on ne peut pas s'empêcher de trouver ça parfois légèrement artificiel, ce que confirme en partie la fin, que j'ai trouvée un peu trop "facile"... Je préfère pourtant largement ce genre d'ambiance apocalyptique à des poussées d'héroisme patriotique constantes. Des séquences héroiques, il y en a tout de même, bien sûr, mais pas pour valoriser l'amour du pays des hamburgers: c'est l'amitié entre guerriers, les "frères d'armes", qui est le moteur, voire l'âme même du film.

Les séquences d'action dépatouillent bien si l'on songe que l'on reste la plupart du temps cloisonnés avec les héros dans leur char. La violence est sans concession, claustrophobique, et nourrit bien le propos du film. Si le scénario n'est évidemment pas de haute volée, les scènes dramatiques, derrière quelques clichés inévitables, se révèlent toutefois plus fines qu'il n'y parait au premier abord si l'on prend le temps d'y réfléchir. J'ai ainsi particulièrement apprécié la fameuse "séquence des oeufs" alors que je sais qu'elle a profondément ennuyé d'autres spectateurs...

Fury est un film de guerre dont la philosophie suit bien son temps, sombre et cynique, mais qui, paradoxalement, diffuse aussi des bouffées d'idéalisme qui en agaceront plus d'un. Moi j'appelle ça de la nuance, et ça me plait assez...
Amrit
6
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Créée

le 9 nov. 2014

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