Garage Days est un petit film assez méconnu qu’Alex Proyas a réalisé en 2002, entre son génial Dark City et son très douteux I Robot et qui est consacré aux émois amoureux d’une petite bande de copains copines essayant de percer avec leur groupe de rock un peu punk bien pourave. Tout le film va tourner autour du chanteur (joué par Kick Gurry, Sparky dans Speed Racer) et de la galerie de personnages hauts en couleur qui gravitent autour. Il y a le batteur qui passe son temps à se défoncer à l’acide, la bassiste sympa, le guitariste schizophrène, le daron en slip ancien rockeur et une nana, copine du guitariste et « love interest » du film. Tout ça barbote dans une approche assez moche mais hyper stylisée qui trahit son époque, ses influences et les succès du moment (de Trainspotting à Two Hands en gros). La première chose qui interpelle, bien sûr, c’est ce dispositif de mise en scène. Toutes ces coquetteries un peu ringardes et qui étaient déjà insupportables à l’époque mais qui, avec le temps, auraient presque pu rendre sympathique ce film en lui offrant la possibilité d’une certaine nostalgie. C’est moche et c’est jamais très réussi, mais ça convoque le souvenir d’une époque révolue et de ses errances stylistiques qui, on l’espère, appartiennent définitivement au passé. La marque des années passées créée ainsi une certaine identité à ce petit film globalement très mal écrit et joué sans inspiration. Au delà de ça, il serait vain d’y trouver la chronique d’une époque (la scène punk rock à Sydney à la fin des 90’s) tellement tout est traité par-dessus la jambe. On déambulera bien dans les rues des quartiers de sud de Sydney, peuplées de figurants punks et de freaks, mais l’approche visuelle et scénaristique décalée rend tout ça très artificiel et totalement désincarné. Ce témoignage de ce style ringardos censé être punk jeune rock branché est, finalement, peut-être le seul intérêt testamentaire du film… C’est dire. Parce que sinon… Alors je sais bien que Proyas a joué dans un petit groupe et a réalisé une flopée de clips pour des groupes comme INXS mais le film, constamment, donne l’impression désagréable d’avoir été écrit, tourné et pensé par un type qui n’a jamais vu un concert de sa vie et qui n’a aucune idée de ce que c’est qu’un petit groupe de rock. Il n’y a pas beaucoup d’idée là-dedans et tout reste au niveau des sempiternels clichés (petits groupes qui zonent, stars cocaïnées, groupies sexualisées, managers pourris etc) que ta grand-mère associe à cet univers, sans que le film n’en fasse quoique ce soit, ou ne chercher à les dépasser ou à jouer avec. C’est, à nouveau, extrêmement ringard. Et ce n’est pas la bande son tarte à la crème du film – évoquant ces CD compilation rock récupérés contre des points cadeau dans une station service Esso – qui sauvera le film de son triste naufrage. La volonté pas idiote d’apporter une touche de réalisme social en évoquant la question du rock mis en compétition avec les DJ et les machines à sous ne dépasse pas l’anecdote, le film hésitant constamment entre la description de ce qui n’est qu’un décorum rock et le cœur de son récit : une histoire d’amour consternante de vacuité. Pris dans cette mélasse, la mise en scène de Proyas bégaie des choses déjà vues et patauge vainement dans ses maigres élans, ses tentatives mort nées ou ses excentricités molles. Ainsi, les deux parties stylisées et cartoonesques sur les effets de prises de drogue malheureuses évoquent bien ce qu’avait fait Terry Gilliam quelques années auparavant, mais échouent lamentablement. Ca cherche à proposer une sorte de version rock de Las Vegas Parano, déjà dépassée en soi, mais ça n’arrive pas à la cheville de la loufoquerie des scènes similaires vues 15 ans avant dans les Frères Pétards. Et là encore, cette impression que le film cherche à nous amuser avec une séquence semblant avoir été écrite par quelqu’un qui ne sait absolument pas de quoi il parle. Ce n’est ni drôle ni pertinent, c’est simplement gênant dans sa flatterie fainéante d’idées reçues consternantes de pauvreté. Reste au final le parcours du « héros » que l’on découvre dans la peau d’une rock star slammant sur des dizaines de zouzes en délire dans le rêve humide qui introduit le film, et qui terminera le récit sur la scène d’un des plus gros festivals de Sydney, en jouant comme une patate. Cette démarche tout à fait australienne du héros maudit et du culte de l’échec nous laisse avec une épitaphe pas idiote, « you don’t have to be a rock star to feel like one », que le film aura passé 2 heures à traiter sans inspiration ni passion. Naïf et ringard, Garage Days n’a pas grand-chose à proposer, dix ans après Bad Boy Bubby qui, brassant quelques thèmes plus ou moins similaires, atomise littéralement le film de Proyas. J’aurais vraiment aimé aimer ce film, mais il n’a rien fait pour…