Jarmusch s’empare ici du thème de la mafia et des tueurs à anges, et prend plaisir encore une fois à en détourner les codes. Les mafieux sont ici tous vieux et endettés, comme issus d’un autre âge. D’un autre âge, notre tueur à gage fantôme l’est aussi par son choix de vie en retrait de la société et par la « Voie » picorée dans son livre fondateur, accompagné par des récitations permanentes, comme autant de prières et psaumes validant un mode de vie. Ghost Dog est un film un peu étrange, avec un rythme en décalage de son sujet, comme son personnage est en décalage avec le monde auquel il appartient. Jarmusch choisit sciemment de ne jamais nous mettre en tension malgré la tournure grave que prend petit à petit l’intrigue. Le film a une relation particulière au temps, qui collent parfaitement avec la voie du samouraï choisie par Ghost Dog. Il traverse la ville et les événements dans une lente ballade.
Malgré une excellente bande-son de RZA, un mélange des styles et des références (le Japon de Kurosawa, la culture rap contemporaine, la culture dépassée des mafiosi), et une réalisation aux cadrages certes insolites mais décidément intéressants, je n’ai pas accroché à Ghost Dog. Déjà son interprétation de la voie du samouraï me parait bien superficielle, et ses exercices de maniement des armes confinent au ridicule. Le personnage en lui-même parait bien peu crédible en tueur à gages. La relation entre la glacier haïtien (qui d’ailleurs n’a pas vraiment l’accent haïtien) et Ghost Dog est toujours sur le fil, entre charme sympathique et running gag pataud.
Je suis peut-être passée à côté de quelque chose au vu des critiques plutôt excellentes du film, mais la vérité, c’est qu’il ne m’a jamais embarqué, malgré d’indéniables qualités.