Grand Ciel
5.6
Grand Ciel

Film de Akihiro Hata (2025)

Un peu d'ambition, d'audace, pour peu qu'il ne s'agisse pas d'un geste stérile, faire singularité pour se faire voir (essentiellement de la critique), voilà deux projets qu'on ne peut qu'accueillir favorablement pour notre cinéma hexagonal.

Réunis ici pour le bonheur du spectateur, à supposer qu'il ait un appétit pour un récit qui se construit devant lui (pour celui qui aborde le film en ne sachant rien, un plaisir rare) en opposition à de l'illustration simple d'un récit programmé. Le film avance donc sans qu'on ne sache bien où il va, hybridant deux matières dramatiques rarement mêlées: le film social et le registre fantastique. Une première qualité.

La seconde, majeure, c'est sa richesse plastique. Que ce soit les cryptes de béton, les structures de chantiers qui découpent l'espace, auxquelles la nuit apporte un supplément de matière, des paysages rares au cinéma. Mis en valeur par des cadres et des travellings très soignés. Flagrant lorsqu'il s'agit du traitement du paysage urbain, là aussi des paysages rarement visités (on se rend compte le cinéma français n'habite en définitif qu'un centième du territoire. On voit toujours la même France), dont le chef opérateur tire de plans magnifiques. Ce pont urbain, cicatrice sur la ville, comme la plus simple des veines urbaines: cette matière qu'on préjuge commune est sublimée (l'envie immédiate de prendre son appareil pour faire un safari en ces contrées).

Viennent ensuite les incarnations. Pointer que Bonnard a une présence de dieu à l'écran, est ce bien nécessaire? Son corps, son visage: un bloc de granite en phase de taille. Samir Guesmi, dans l'économie de jeu qui est la sienne, ne déçoit jamais. Le reste de la distribution est parfaite, validant la solidité de l'écriture. Cerise, un sound design (plus que de la musique) efficace sans être renversant.

Que demander de plus ?

Un problème, pas de moindre, qui laissera bien des spectateurs dans l'insatisfaction. Le prix de cette ambition comme sa dernière pierre, c'est l'inévitable irrésolution d'un récit qui garde donc tous ses mystères.

HAL1
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le 26 janv. 2026

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