S’il coud beaucoup – dans les cités de banlieue ou dans l’atelier Christian Dior –, si le verbe coudre se retrouve phonétiquement dans le nom de famille de l’actrice principale (Lyna Khoudri), Haute Couture n’atteint jamais la hauteur annoncée par le titre, la faute à un scénario balisé qui se concentre moins sur l’art et la beauté que sur l’idée que la mode serait, dans notre société bienpensante et méritocratique, un ascenseur social. Soit un film à thèse empesé et dépourvu de grâce, ce qui s’avère paradoxal compte tenu du milieu et du métier investis ici.
Seul vaut le portrait croisé de deux femmes dont la confrontation évolue en transmission d’un savoir-faire et d’un savoir-vivre : l’une doit entrer dans le monde du travail afin de mettre un terme aux larcins quotidiens dans le métro, l’autre doit accepter une retraite perçue comme la fin de son existence. Aussi le film interroge-t-il la valeur du travail, valeur républicaine et symbolique qui permet à l’individu de s’épanouir en apprenant l’interaction, la ponctualité et la précision dans les gestes professionnels.
Quel dommage que le travail soit aussi rapidement montré, vite évacué au profit de la verbalisation des impressions, du conflit oral et physique, du choc des cultures dans ce qu’il peut avoir de plus schématique. Quel dommage que les dialogues surlignent à ce point les enjeux d’une production qui aurait gagné à simplement se taire et à laisser ses acteurs pratiquer. Apprendre en regardant pour, à son tour, créer une œuvre cousue main à la Phantom Thread (Paul Thomas Anderson, 2017).