9
le 6 juin 2014
SuivreForbidden Paradise
Venise, terre des amours les plus exquises. Une ville dont la seule évocation suffit à susciter bon nombre de passions et d’émotions. Romantisme et délicatesse, peinture et littérature, jardins et...
Patrick Brion dit de Lubitsch qu’il est le cinéaste de l’équilibre parfait. Selon lui, le réalisateur d’origine allemande émigré au états-unis en 1928 (où il mourra en 47, à Bel Air) est celui qui, entre tous, sait le mieux ne jamais trop en faire. Comme nul autre, il sait où et quand s’arrêter, doser avec génie ses ambiances, marier les contraires. On aurait bien du mal à donner tort à notre ami critique, meilleur ami des bonus DVD.
L’enfer du décor
Trouble in Paradise, c’est évidemment un plan d’ouverture qui nous montre ce qu’est aussi et surtout Venise: une barge chargée de poubelles poussée par un autochtone à la gouaille vibrante et sonore. Le premier quart d’heure est un moment de pure jubilation dans lequel tout Lubitsch est condensé: délicieuse amoralité (quelle liberté de ton et d’esprit, quelle gifle à tous ceux qui voient les années 30 comme corsetées et guindées. N’oublions pas que le code Hays ne sévira que deux ans plus tard), servie par une forme somptueuse qui ne cache rien de l’intensité et l’âpreté des sentiments. A l’image du plan d’ouverture, on voit en permanence le fond et la forme, l’apparence et la réalité, sans jamais se départir de cette bonne humeur et de cette légèreté qui font de ce film un délice.
Les deux côtés de la pièce
Bien sûr, on pourrait avancer que l’essentiel du bonheur du scénario vient de la pièce de théâtre d’Aladar Laszlo. Mais ce serait se montrer parfaitement aveugle aux mouvements de caméras gracieux et précis du maître allemand, et passer sous silence les innombrables idées de mise en scène que propose le film. Qu’il me suffise de citer cette soirée chargée de tension sexuelle et de jalousie féroce, résumée en un unique plan fixe sur une horloge, qui égrène les heures.
Ce serait aussi et surtout ne rien dire ou voir du talent fou de ses interprètes, et particulièrement celui, bien entendu, de son couple principal. Herbert Marshall acteur trop discret (qui se souvient qu’il tourna avec tous les plus grands, comme Hitchcock, Premminger, Wyler, DeMille, Sternberg, Tourneur, Lumet, Vidor, Huston, Dassin, Duvivier ?) et Miriam Hopkins forment une association détonante, pétillante, charmante, virevoltante et désarmante.
Gaston la classe
Au final, le plus jouissif dans tout ça est l’intelligence absolue de l’ensemble. Les faux semblants des escrocs charmants ne sont pas plus condamnés que les artifices de la haute bourgeoisie, chacun n’étant finalement cadré qu’à hauteur d’homme (et de femme, bien entendu, l’égalité de traitement concernant autant le sexe que l’argent), et jugé qu’à la réalité de ses sentiments.
Si l’ouverture du film n’est pas loin de la perfection, ce n’est que pour mieux annoncer une conclusion toute aussi réussie, qui détourne parfaitement et jusqu’au bout les codes d’une société légère mais corsetée. L’humour et l’amour font voler toutes les conventions en éclat, pour un plaisir qui reste parfaitement intact plus de 80 ans après.
Il parait que le talent et le génie n’ont pas d’âge.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Marseille en film, c'est comme dans la vraie vie: c'est le terrain de tous les excès., Les bourgeois, c'est comme les cochons..., - Je suis bête à manger du foin, je n'ai aucun sens artistique et je ne sais pas quoi faire dans la vie. - Traducteur de titres, ça vous dit ? Ça paye en dollars., Ton talent je loue, bitch ! et N'importe quel film peut comporter sa scène rasoir
Créée
le 6 juin 2014
Critique lue 785 fois
9
le 6 juin 2014
SuivreVenise, terre des amours les plus exquises. Une ville dont la seule évocation suffit à susciter bon nombre de passions et d’émotions. Romantisme et délicatesse, peinture et littérature, jardins et...
9
le 6 juin 2014
SuivrePatrick Brion dit de Lubitsch qu’il est le cinéaste de l’équilibre parfait. Selon lui, le réalisateur d’origine allemande émigré au états-unis en 1928 (où il mourra en 47, à Bel Air) est celui qui,...
9
le 24 mai 2014
Suivrele 29 mai 2014
Une bulle de Champagne. Voilà Gaston Munescu ! Une bulle de Champagne dans cette coupe en cristal qu'est la Haute-Société. Une bulle pas bien différente des autres bulles. Même taille, même rondeur,...
8
le 17 janv. 2013
SuivreTarantino est un cinéphile énigmatique. Considéré pour son amour du cinéma bis (ou de genre), le garçon se révèle être, au détours d'interviews dignes de ce nom, un véritable boulimique de tous les...
9
le 31 déc. 2015
SuivreIl n'est finalement pas étonnant que Tarantino ait demandé aux salles qui souhaitent diffuser son dernier film en avant-première des conditions que ses détracteurs pourraient considérer comme...
4
le 12 nov. 2014
SuivreChristopher navigue un peu seul, loin au-dessus d’une marée basse qui, en se retirant, laisse la grise grève exposer les carcasses de vieux crabes comme Michael Bay ou les étoiles de mers mortes de...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème