Un couple d'escroc s'introduit chez une jeune et riche veuve pour la dévaliser. Cette mince intrigue dans laquelle le charme de Gaston lui vaut de devenir l'homme de confiance de la séduisante Madame Collet et de procurer à sa maitresse Lily la place de secrétaire, initie un très savoureux marivaudage à trois -et même à cinq si on inclut les deux maladroits bourgeois qui prétendant à la main de la veuve.
Le projet malhonnête de Gaston (dont le titre français du film, excessif ou bien ironique, ne reflète pas la légèreté) et les péripéties qui l'accompagnent dans la demeure de madame Collet constituent le fond ludique du sujet mais ce sont bien les contingences sentimentales de la situation et les sous-entendus triviaux de Lubitsch -sans lesquels je trouve que la comédie aurait quelques airs de celle de René Clair- qui caractérisent et singularisent "Haute pègre".
Le désir suggéré qu'inspire Gaston à son hôtesse et les moeurs légères puis la jalousie de Lily expriment une sensualité à laquelle la séduction audacieuse de Kay Francis et de Miriam Hopkins et leurs sourires entendus ne sont pas étrangers. L'ironie et les allusions permettent à Lubitsch de se protéger de la censure autant que de la grossièreté. Ainsi conçus et dirigés, les personnages sont caustiques et modernes; ils trouvent en Herbert Marshall et ses deux partenaires féminines des brillants interprètes.