C'est dans les yeux vides de Thomas Ngijol (jouant le commissaire Billong, personnage principal) que se voit le mieux la rencontre entre la puissance incessamment proclamée et l'évidence de l'impuissance montrée à l'image. Cette rencontre se produit chez tous les personnages, mais on n'en voit pas les manifestations, tant l’acteur principal remplit l'écran, laissant aux autres le rôle de satellites de son personnage.
Cette adaptation d’un film documentaire de Mosco Levi Boucault, Un crime à Abidjan, en film de fiction situé à Yaoundé, semble une démonstration de l'impossibilité d'approcher ce qui toucherait à l'amour, la tendresse, l'attention, la compréhension – transposant au sein d’une famille ou d’une microsociété les violences héritées d’un passé colonial, encore si présent dans les mots, les corps, les âmes.
Mais le côté trop démonstratif du propos et l’absence d’un scénario ou d’une direction d’acteurs qui ne reposent pas seulement sur de bonnes idées laissent une impression d’essai inabouti : en somme, un film riche, mais un pauvre cinéma.