Si l’on admet que dans notre monde absurde un homme est classé senior dès 45 ans, avouons que Matt Damon court bien pour un ancien. Jason a pris du poids, son visage s’est épaissi et marqué, mais il court sans faiblir et frappe sec. Il court et conduit de mieux en mieux. Il court et passe toujours inaperçu. Il lui suffit d’une casquette et d’une inclination de la tête pour déjouer la cyber-surveillance de la CIA. Tout est dans le regard.


Sans surprise, le scénario reprend les fondamentaux de Robert Ludlum : la CIA tentaculaire, l’espionnage universel, la cyber-traque, la mauvaise conscience, la mémoire évanescente et les coups tordus. En guest-stars, deux gros calibres ; Tommy Lee Jones vicieux à souhait et Vincent Cassel froid et sociopathe ; et un message politique sur la liberté individuelle aussitôt oublié. Alicia Vikander est séduisante, bien qu’un peu tendre pour le rôle.


Jason court toujours et voyage. Athènes, Berlin, Londres et Las Vegas sont au menu du jour. Il court encore, nous aussi, je souffle un peu. À la réflexion, il court moins vite, mais demeure constamment en mouvement. Il marche, trotte, bondit, escalade, franchit, descend, saute. Ses adversaires multiplient les cartographies 3D, les images satellitaires en temps réel et les appuis extérieurs pour suivre son rythme endiablé. Jason ne dispose que de son instinct. Rien ne lui résiste, barrières, portes, grilles. Jamais il ne se perd, ni ne rebrousse chemin. Jason, c’est Hermès et le Passe-muraille, une force “en marche“ implacable. Jason encaisse bien, chute bien et cavale toujours. Paul Greengrass fait le job, sa caméra court à la poursuite de Jason, l’image tremble. Nous aussi. Je vous laisse. Essoufflé, je suis.


Il court encore.
Il est loin.
Jason !

Step de Boisse

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