Jumpers
6.5
Jumpers

Long-métrage d'animation de Daniel Chong (2026)

Parfois malgré lui, parfois contre lui

Il faudrait presque souhaiter à Hoppers un succès massif, tant l’idée de voir Pixar renouer avec un imaginaire neuf a quelque chose de novateur. Le studio affiche d’ailleurs son retour à l’« original pur », sans béquille sérielle ni mascotte pré‑vendue. Le point de départ a tout du high concept pixarien : une adolescente transfère sa conscience dans un castor robotisé pour empêcher un projet immobilier de raser une forêt. L’axe politique ne peut pas être plus limpide. Pourtant, à mesure que l’intrigue se déploie, le film complique - parfois malgré lui et contre lui - la lisibilité de son propre discours.

Cet imbroglio idéologique contamine directement l'héroïne, Mabel. Présentée comme une militante écologiste déterminée, elle ne bénéficie d’aucune montée en tension : le film préfère une bascule, où la colère légitime vire soudain à la violence et aux mensonges. Cette disproportion affaiblit d’emblée la cause qu’elle défend. Plus gênant encore, le scénario condamne cette violence tout en la rendant narrativement efficace, puisque c’est la menace qui contraint finalement le maire à infléchir sa position. Pire encore, l’ambition écologique se replie alors sur un motif intime - la promesse faite à une grand-mère (ne bénéficiant d'ailleurs que de simples flashbacks) - réduisant l’ampleur écologique à une blessure personnelle.

Reste pourtant une idée réellement stimulante : la transformation en castor robotisé. Là, Hoppers cesse enfin d’opposer nature et technologie pour envisager la technique comme un accès inédit au monde animal. La caméra se rapproche du sol, scrute les textures, épouse les flux de l’eau avec une grande maestria technique. Mais cette richesse formelle se dilue dans un deuxième acte dispersé, où les péripéties comiques et la satire lourde des figures politiques (humaines comme animales) émoussent la tension dramatique au lieu de la nourrir.

Dans son dernier tiers, Hoppers tente de renouer avec une tonalité plus sombre, comme s’il mesurait tardivement la gravité de ce qu’il met en jeu. Cette noirceur, timide et tardive (à l’exception de la chaîne alimentaire, seuls instants où le film ose enfin regarder la nature en face) ne fait que révéler en creux le film qu’il n’a jamais eu le courage d’être : un récit qui assumerait ses contradictions au lieu de les étouffer sous l’humour enfantin et les bons sentiments. Le problème aussi, c’est qu’à ce stade, tout retombe dans le vide. Je ne ressens aucune émotion pour Mabel, aucune empathie pour ce héros robotisé, aucune attache pour la cohorte de personnages secondaires qui défilent sans jamais exister.

cadreum
5
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le 4 mars 2026

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7

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