La renaissance promise par le titre de ce nouvel épisode de la licence Jurassic Park doit être comprise au sens de son préfixe réitératif, soit la répétition d’un même, la reprise quasi à l’identique de ce qui a déjà été fait au moyen des techniques d’aujourd’hui. En cela, pouvons-nous encore parler d’hommages quand la séquence de la cuisine ou celle de l’attaque nocturne du T-Rex, dans le premier film, se voient mimées avec un tel souci de fidélité qu’elles disparaissent au profit de leur modèle ? À ce goût contemporain pour la recopie s’ajoute une autre tendance, celle du délayage : si la durée s’élève à plus de deux heures, il faut en réalité subir une première heure de dialogues ineptes où les personnages explicitent tout ce qu’ils font et tout ce qui risque de se produire sur l’île – et devinez quoi ? cela va se produire… Dès lors, soit le blockbuster américain avilit son public américain et international en le considérant comme limité et distrait, soit le public américain et international, parce qu’il est limité et distrait, engendre ce type de blockbuster dépourvu d’identité et d’âme, empruntant son imagerie à l’œuvre de Steven Spielberg, de Jaws (1975) à Indiana Jones (1981), tout en convoquant Alien (Ridley Scott, 1979) par l’esthétique de ses laboratoires et de ses créatures mutantes.
Il est paradoxal qu’un long métrage thématisant la mutation se révèle à ce point incapable de se transformer : toutes les cases du cahier-décharge publique sont cochées, chaque membre de l’équipage dispose d’un temps de vie que nous connaissons par avance, un changement de décor occasionne l’arrivée d’un nouveau dinosaure qu’il faut affronter, suivant une dynamique de jeu vidéo. L’imagerie de la guerre du Vietnam ainsi qu’une scène dans une station-service, piquée à Monsters (2010), rappellent que Gareth Edwards est aux commandes ; Alexandre Desplat, qui perd considérablement de sa superbe dans ses partitions récentes, écrase l’ensemble sous un orchestre bruyant duquel ne ressortent ni thèmes ni ambiances. N’oublions pas le tricératops peluche que l’on peut transporter dans son sac à dos et nourrir de produits sucrés. N’oublions pas non plus le canot gonflable jaune increvable, aux sens propre comme figuré. Des publicités très efficaces, c’est certain.